Mai 2016

Résumé de la conférence du 30 mai 2016 avec Clotilde LEMARCHANT  et Brigitte VALLEE  sur le thème :

Femmes et Sciences : quelle évolution ?

La 1ère intervention de Clotilde LEMARCHANT était intitulée : Jeunes filles en « Sciences et Techniques » dans l’enseignement secondaire. Elle s’articulait principalement autour d’une étude réalisée à partir de filles (et de garçons) qui avaient fait un choix atypique d’une formation technique courte dans laquelle elles (ils) étaient très minoritaires (moins de 20% de l’effectif). Par exemple : filles en mécanique ou garçons en secrétariat.

Avant de présenter les résultats de cette étude, Clotilde Lemarchant a livré le constat de filières professionnelles très sexuées, avec schématiquement les filles dans les services aux personnes et les garçons dans le travail de la matière. Ce constat s’appuie sur des chiffres édifiants comme, par exemple, 97% de filles en coiffure, comparés à 1% en mécanique automobile. Elle a aussi souligné la quasi absence d’évolution dans le temps de cette répartition qui reste très sexuée, en dépit des actions publiques destinées à promouvoir la place des filles dans les sciences et techniques. Ainsi, entre 1984 et 2002, la proportion des filles dans les formations secrétariat bureautique est passée de 98 à 95%, tandis qu’elle évoluait de 2 à seulement 3% en électricité électronique, des métiers où pourtant la force physique n’apparaît pas déterminante.

Un autre volet de l’étude porte sur le ressenti a posteriori de ces jeunes filles ou garçons qui ont fait un choix d’orientation minoritaire. Côté rassurant : 66% referaient le même choix. Tous et toutes défendent le principe de mixité, mais si certain-e-s saluent l’accueil qui leur a été réservé, les filles se plaignent d’avoir ressenti des difficultés, quelle que soit la spécialité de formation choisie. De même, si les garçons minoritaires se sentent plutôt « chouchoutés », au contraire les filles ne sont pas épargnées par le machisme de leurs jeunes collègues : « les filles, c’est fait pour faire le ménage » ; « les filles, c’est à la cuisine », « ce qui me plait c’est que la matière est passionnante ; ce qui me déplait, c’est le machisme » …

Quant à leur avenir professionnel, là où les garçons paraissent plutôt confiants, les filles ressentent de l’anxiété, percevant leur choix atypique de formation plutôt comme un handicap pour l’avenir ; alors que les garçons, au contraire, y voient plutôt un avantage. De même, l’expérience de la recherche d’un stage est souvent douloureuse pour les filles qui essuient beaucoup de refus de la part des entreprises : « on m’a déjà refusé un stage sous prétexte que j’étais une fille ».

Le bilan des actions publiques pour encourager les filles à aller vers les Sciences et Techniques (discrimination positive) ne montre aucune amélioration nette ; de même que les avis sur ces actions sont réservés, notamment chez les filles qui y voient d’abord une discrimination.

La 2ndeintervention  de Clotilde LEMARCHANT  concernait les femmes dans l’enseignement supérieur et dans les métiers scientifiques, et avait pour titre : Du soupçon d’incompétence au plafond de verre : quelles nouvelles réalités ? Là encore, l’état des lieux est net :

  • La proportion des femmes dans les carrières scientifiques diminue quand le niveau hiérarchique monte ;
  • Les taux de féminisation dans les différentes filières de formation proposées à l’université de Caen montrent des choix d’orientation très sexués et qui ne varient pas avec le temps. Sur la période 1996 – 2013, chez les étudiant-e-s en Licence 1, toujours moins de 40% de filles en Sciences et Techniques, mais plus de 80% en Psychologie ;
  • Au niveau Licence 1, les filières les plus éloignées de la parité en faveur des garçons sont : Informatique, Physique, Mathématiques et STAPS. A l’inverse, on retrouve principalement les filles en Psychologie, Lettres, Sociologie, Sciences du vivant et Droit.

Certes l’insertion des femmes dans les formations supérieures, et dans les professions prestigieuses s’est accrue (femmes dans la magistrature, la médecine, l’enseignement). Mais  dans de nombreuses disciplines de sciences et techniques, la persistance de freins faits aux femmes est frappante. Elle s’explique par le poids des représentations des métiers dans notre société qui s’appuie sur le soupçon d’incompétence fait aux femmes, par leur déficit de confiance en soi, par le sexisme ordinaire qui s’appuie sur un humour masculin douteux mais répandu, et par l’essentialisme, qui explique les places et qualités des hommes et des femmes en référence à la nature.

Entre ces deux interventions, Brigitte VALLEE, informaticienne / mathématicienne, Directrice de Recherche émérite au CNRS, rattachée au Groupe de recherche en Informatique, Image, Automatique et Instrumentation (GREYC, Unité Mixte de Recherche Université de Caen, ENSICAEN, CNRS), nous a livré son témoignage de femme évoluant à un haut niveau dans un milieu scientifique, aussi bien du point de vue de la vie personnelle que de la vie professionnelle. Témoignage piqué d’anecdotes « racontables » sur le machisme ambiant.

Plusieurs questions posées aux intervenantes ont alimenté un débat très intéressant qui a prouvé, s’il en était besoin, la pertinence de la problématique.

Un regret : le manque de temps pour approfondir et échanger plus longuement.

Un souhait : qu’il y ait une suite à cette conférence.

Clotilde Lemarchant, Maîtresse de conférences en Sociologie

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Brigitte Vallée, Directrice de recherche émérite au CNRS

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