Mars 2017 L’éclosion de l’irlandais à l’Université de Caen….

L’éclosion de l’irlandais à l’Université de Caen et son évolution  de 1974 à 1992

 

Conférence donnée le 29 mars 2017 par Jacqueline GENET, Professeur honoraire de littérature anglaise et de littérature irlandaise au XXème siècle,  ancienne Présidente de l’université de Caen

 

1974 est la date de mon arrivée à Caen ; 1992, celle où je suis partie en retraite. J’évoquerai donc mes souvenirs de cette époque. Vous faire seulement la liste des travaux du Centre d’irlandais serait plutôt aride, je ne les mentionnerai pas tous car je veux en même temps vous donner un bref aperçu de leur contenu, afin peut-être de vous communiquer l’envie de lire des chefs-d’œuvre de la littérature irlandaise ou simplement le désir d’aller dans ce pays trop souvent meurtri par l’histoire – je rappellerai les malheureux événements qui ont marqué la littérature–, ce pays de poètes où, au hasard de vos promenades au coeur de Dublin, vous pourrez lire, gravés sur les murs, des vers de Yeats ou des phrases de Joyce, ce pays où il n’est pas rare que Présidente ou Président de la République assiste à l’un de nos colloques littéraires internationaux—le président actuel est lui-même poète—un pays où vous pourrez admirer non seulement des restes celtiques mais les paysages, la verte Erin, ses lacs ou ses tourbières que chantent les poètes.

 

I)- L’éclosion de l’irlandais–Quelle était la situation de la recherche au département d’anglais en 1974 ?

En 1974, la recherche dans le département d’anglais comptait des anglicistes en cours de thèse, groupés autour de Jean-Louis Chevalier qui lui même travaillait sur Denton Welch, et d’autre part un irlandisant, un seul, Guy Felhmann dont la thèse Somerville and Ross : Témoins de l’Irlande d’hier portait sur la civilisation irlandaise. Le sujet lui avait été indiqué par Lucien Leclerc, parmi d’autres possibilités. Or l’année de l’inscription en thèse de Guy est aussi celle de son mariage avec Simone ; ils avaient choisi l’Irlande pour leur voyage de noce. L’accueil qu’ils y reçurent détermina le choix de Guy. Il rencontra la famille des deux auteurs, deux cousines qui écrivaient à quatre mains : leur manuscrit sur un lutrin, elles ajoutaient quelques pages du même roman l’une après l’autre. Guy fut intéressé par leur regard sur l’aristocratie anglaise installée en Irlande qui n’était plus anglaise sans être irlandaise, mais anglo-irlandaise, ce qui se manifestait dans leur langage et leur choix de vie. Les deux auteurs portaient un regard plein d’humour sur ces Anglo-Irlandais. L’œuvre d’Edith Somerville (1858-1949) et de Martin Ross (pseudonyme de Violet Florence Martin—1862-1915) qui s’étend de 1889 à 1949 reflète l’ultime période de la suprématie anglo-irlandaise suivie de son déclin et de l’avènement de l’Etat libre d’Irlande ; elle exprime le désenchantement d’une société qui contemple sa propre agonie, sujet passionnant à l’époque de la rédaction de la thèse, au lendemain de la guerre d’Algérie et des accords d’Evian. Guy fut frappé par la similitude entre la destinée des Français d’Algérie et celle des Anglo-Irlandais un demi siècle plus tôt. Pendant deux étés en Irlande, il consulta les manuscrits des deux auteurs ; il fut reçu dans la belle maison familiale au sud—ouest du comté de Cork, entourée de jardins. A-t-elle vraiment abrité les ascendants des deux auteurs, on l’ignore car une autre version prétend que le berceau familial se situerait en Normandie près d’Evreux où Gualter de Somerville, baron normand qui avait servi vaillamment Guillaume le Conquérant, reçut en récompense une seigneurie dans le Staffordshire. Malgré ses recherches, Guy n’a pas réussi à confirmer cette dernière thèse. Une bourse lui permit ensuite d’aller à Harvard étudier le reste des manuscrits. A ses qualités esthétiques, la thèse allie la valeur d’un témoignage authentique, celui d’une investigation socio-historique qui confirme ou infirme les observations des deux auteurs ; elle fut éditée en 1970 par l’Association des Publications de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines de notre Université. Le voyage de noce de Guy et de Simone donne à l’implantation de l’irlandais à Caen l’auréole d’un conte de fées, ces contes si importants dans la littérature celtique. Parallèlement, Guy fit la connaissance de Patrick Rafroidi ; ils se lièrent d’amitié. Tandis que se créait un centre d’irlandais à Lille, celui de Caen voyait le jour, ce qui donna lieu à une cérémonie conviviale en présence de l’Ambassadeur d’Irlande.

 

Lorsque je suis arrivée ici, j’étais la seconde irlandisante, littéraire cette fois. Civilisation et littérature étaient désormais représentées, chacune par une seule personne, souvent épaulée par un lecteur. Après une année où il dirigea le département d’anglais, Guy se tourna vers d’autres centres d’intérêts. La civilisation irlandaise continua à être étudiée grâce à la présence de Caroline MacDonogh et d’autres collègues comme Bernard Legros et Sylviane Troadec qui s’y consacrèrent avec passion–la famine, récemment au programme d’agrégation, me rappela par exemple un article de Sylviane sur l’attitude du gouvernement anglais pendant cette famine qui sévit en Irlande entre 1845 et 1852, le mildiou qui infesta l’île causant une chute de la production de pommes de terre d’environ 40 %. Sous l’oppression anglaise, le pays fut obligé de maintenir ses exportations de nourriture vers l’Angleterre alors que les familles sur place mouraient de faim. Le nombre des décès fut estimé à environ un million fin 1851 et la baisse démographique fortement accentuée par le nombre d’exilés irlandais qui partirent en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie ; la population baissa d’un quart en dix ans. Sur Custom House Quay à Dublin au bord de la Liffey se dressent des statues commémoratives émouvantes, aux visages torturés par la faim ; aux Etats-Unis un Irish Hunger Memorial fut érigé à Manhattan. Ce fut l’une des causes du déclin du gaélique, langue maternelle des Irlandais ; plus de 90 % le parlaient avant 1845—symbole de la résistance du pays face à l’invasion anglaise ; en 1860, ils n’étaient plus que 20%.

En littérature irlandaise tout était à faire en 1974. J’arrivais avec une thèse bien avancée sur la poésie de Yeats et de multiples contacts en Irlande, ainsi que l’expérience d’échanges Erasmus que j’avais mis en place entre l’Université de Limoges où j’enseignais précédemment et Trinity College à Dublin. Le Centre de recherches en littérature, civilisation et linguistique des pays de langue anglaise allait comporter désormais une équipe anglaise et une équipe irlandaise bipolaire, civilisation, littérature.

 

II)- La participation des collègues en exercice, des associés et des lecteurs

J’ai donc poursuivi mes recherches en littérature irlandaise avec l’aide des lecteurs et lectrices du moment et avec des collègues anglophones intéressés par le domaine celtique, fixés temporairement ou définitivement ici. Certains lecteurs, séduits par la Normandie, s’y installèrent assez longtemps, je ne les citerai pas tous. Peter Noon resta plusieurs années avec une interruption au Japon—on ne peut mentionner le Japon sans penser au théâtre de Yeats qui s’inspire du nô. Quant à Caroline MacDonogh, d’abord lectrice, elle devint maître de conférences après une thèse sur son père, poète irlandais bien connu dont nous avons traduit un choix de Poèmes publié au Temps parallèle en 1979. La présence de Caroline était fort bienvenue dans les colloques où elle savait avec élégance poser des questions, amorcer des discussions passionnantes. Sa connaissance de l’Irlande nous fut très précieuse.

 

Les associés aidèrent aussi beaucoup à développer l’intérêt des collègues et des étudiants pour la civilisation et la littérature irlandaises ; citons parmi d’autres, le Professeur Peter Kuch, originaire d’Australie, qui est dans son pays et en Nouvelle-Zélande, un critique reconnu de Yeats sur lequel il a publié livres et articles, puis Gus Martin, collègue de UCD, l’un des grands spécialistes irlandais du même auteur, et Colin Meir de l’Université de l’Ulster, auteur de The Ballads and Songs of W.B.Yeats et de bien d’autres ouvrages, professeur associé chez nous pendant deux ans de 1982 à 1984 ; tous participèrent au développement du Centre d’irlandais.

La présence de collègues d’origine irlandaise, écossaise, ou galloise y contribua également beaucoup. Qu’il soit clair que la recherche en littérature portait sur les œuvres de langue anglaise et non sur celles écrites en gaélique qui existent, même si elles sont bien moins importantes. Il n’y avait alors en France qu’une collègue lilloise qui connaissait le gaélique—Danielle Jacquin—et quelques-uns de nos lecteurs qui essayèrent de lancer cet enseignement ici, mais le succès ne fut pas au rendez-vous, car c’est une langue difficile et les lecteurs concernés ne restaient pas suffisamment de temps à Caen. Grâce au dynamisme des collègues, aux communications hebdomadaires que nous avons organisées, la recherche en littérature connut un véritable essor : à côté de l’équipe anglaise, l’équipe irlandaise se développa.

Si nous avons pu publier un grand nombre de livres, fruit de nos recherches, c’est qu’il existait une entente parfaite entre les membres des deux équipes et qu’elles travaillaient souvent de concert en particulier pour les traductions. Notre collaboration fut entière, même quand il s’agissait de partager le budget global accordé par l’Université. Tous ceux qui étaient intéressés par un projet travaillaient avec une équipe ou l’autre, ce qui a permis de nombreuses avancées. En principe nous travaillions en parallèle : pendant que l’équipe anglaise traduisait Culture et Anarchie de Matthew Arnold, l’équipe irlandaise traduisait Explorations de Yeats. Tout en étant irlandisante, j’ai participé à la traduction de An Easy Man, Un homme tranquille de Grant Silverstein dirigée par Jean-Louis Chevalier et contribué au recueil Poètes anglais contemporains dirigé par René Gallet. Réciproquement, la traduction de deux ouvrages de Kathleen Raine, lancée par l’équipe irlandaise L’imagination créatrice chez Blake et L’Apocalypse selon William Blake concerna aussi l’équipe anglaise, deux ouvrages publiés aux éditions Berg international en 1983. Blake, auteur anglais, est important pour les études irlandaises car son œuvre fut une source majeure de l’inspiration de Yeats qui allait devenir un axe important de notre recherche.

 

III)- L’internationalisation : Erasmus

L’international est essentiel en langues vivantes. Grâce à l’aide du service de Mme Guern et de Mme Duval dont je salue le dynamisme, l’efficacité et la gentillesse, des échanges d’étudiants dans le cadre d’Erasmus furent organisés avec UCD ; des réunions rassemblèrent collègues caennais et irlandais, dont Seamus Deane qui dirigeait alors le département de littérature irlandaise à UCD ; nous décidions ensemble du choix des cours pour les étudiants dublinois et caennais, des contrôles, des équivalences ainsi que des questions pratiques, logement etc. Grâce à Colin Meir, des liens furent également établis avec l’Université de l’Ulster. Les collègues allemands de Würzburg, les professeurs Habicht et Ahrens qui, dans leur propre université travaillaient dans les mêmes domaines, organisèrent également des échanges entre leurs étudiants et les nôtres, grâce à l’appui de leur président, le Professeur Berchem, un homme remarquable qui maîtrise parfaitement sept langues ; ces échanges furent confortés par notre ancien collègue Ottheimer, international dans l’âme, originaire de Würzburg où il retourne fréquemment, et qui maintenant passe sa retraite sur le lac de Garde avec son épouse italienne qui se languissait à Caen du soleil italien. Nos accords avec l’Irlande ont aussi concerné d’autres UFR  comme les Sciences Eco  qui créèrent avec Belfast en 1983 un diplôme bi-national appelé « Belfast » ; dans ce cadre, l’enseignement de l’anglais fut assuré par l’UFR de LVE. A l’arrivée des étudiants étrangers, un dîner d’accueil était organisé par le Crous, en présence de Jean Colin qui créait immédiatement convivialité et gaîté en expliquant à l’auditoire la composition du trou normand, les modalités de son absorption et ses effets sur le corps humain ce qui suscitait un moment de fou rire général. Jean Colin savait créer l’ambiance, c’est pourquoi il fut mon maître des cérémonies quand je fus élue présidente. Outre les échanges annuels d’étudiants, des enseignants de chaque université donnèrent des conférences dans l’université partenaire. Des liens d’amitié se sont établis entre nous tous et n’ont pas été rompus bien que beaucoup, parmi tous ces participants, soient maintenant, comme moi, de vieux retraités.

 

IV)-Le support des Presses universitaires

Lorsque nous avons commencé à publier, les Presses universitaires de Caen étaient en cours de création, celles de Lille III nous ouvrit ses portes. Elles fonctionnaient déjà grâce à Patrick Rafroidi soutenu par Pierre Joannon, consul de la République d’Irlande pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui participa avec lui à la fondation de la revue Etudes irlandaises et à qui la nationalité irlandaise fut conférée en 1997 sur proposition du Premier ministre irlandais pour son rôle dans le rapprochement France-Irlande. Ses écrits portent sur l’histoire de l’Irlande.

Les Presses universitaires caennaises furent créées en mars 1984, mais n’ont vraiment fonctionné qu’à partir de novembre  la même année ; notre centre de recherche fut l’un de leurs premiers demandeurs et l’un des les plus assidus. Beaucoup de nos livres y furent publiés. Ces Presses allaient devenir très productives et très exigeantes sur le texte grâce au dynamisme de notre collègue Zuinguedeau. Elles sont aujourd’hui l’une des Presses universitaires les plus renommées en France, celles où, avant l’impression, il y a relecture minutieuse des textes par ceux qui sont chargés de la confection du livre, lesquels posent des questions aux auteurs, soulignent parfois des erreurs, incitent l’auteur à introduire des modifications, ce qui finalement permet d’obtenir des textes sans faute, parfaitement rédigés. Ce travail n’existe guère ou pas du tout dans d’autres Presses universitaires ; même celles de Lille III et de la Sorbonne qui publièrent certains de nos ouvrages ne sont pas aussi minutieuses. En même temps les Presses de Rennes II se sont développées grâce aux activités de Jean Noël et de Michel Bariou. Tout ce travail a permis que les publications dans le domaine irlandais soient maintenant internationalement connues.

 

V)-Quels furent nos axes de recherche ?

 

            A-Traductions

                        1- Quel fut le processus suivi ? L’art de la traduction.

La traduction est un art à part entière et un art difficile ; en même temps La retranscription de l’univers d’un livre dans une autre langue est un fascinant voyage. Comment ne pas trahir la vision de l’auteur et son style ? Comment s’adapter à une autre culture ?  Ce n’est que très récemment qu’a été créée l’Association des formations universitaires aux métiers de la traduction avec un portail de la recherche française en traductologie.  Je commencerai par une citation de Nicole Bary, directrice de la collection « Bibliothèque allemande » aux éditions Métailié : « Le traducteur est, avec un texte, comme l’interprète avec une partition. Il a une petite part de liberté et c’est dans cette liberté que se déploie sa créativité ». Pour elle, la traduction n’est pas seulement la transposition d’un sens mais bien plus fondamentalement la restitution d’un « rythme », d’une « musicalité », en somme du « souffle d’un auteur » et de la « mélodie d’une langue ». J’ajoute que la traduction s’accompagne d’un besoin de confirmation : la méfiance du chercheur envers lui-même et cette prise de distance vis- à- vis de ses propres interprétations passent par le filtre d’autres chercheurs. C’est de ce dialogue, ce va-et-vient critique entre doute et choix que naît l’acceptation d’un résultat. A partir de ces réflexions nous nous sommes forgés une méthode de travail. Pour la poésie, que ce soit poèmes ou théâtre, nous avons pensé qu’un seul traducteur devait être à l’œuvre car chacun a sa propre manière de restituer les caractères propres d’un texte en vers. Cependant afin de dissiper la méfiance du traducteur envers lui-même, pour établir donc un va-et-vient critique, cette traduction était relue ou réalisée par un ou une collègue ; ce binôme comprenait un ou une anglophone, très souvent Wynn Hellegouarc’h, franco-galloise bilingue, voire un autre traducteur, extérieur à l’irlandais, car prendre une certaine distance par rapport au texte proposé peut être bénéfique, en ce cas Jean-Louis Chevalier, ce qui montre la perméabilité entre les deux équipes. Si par contre, il s’agissait de traduire de la prose, un livre de nouvelles d’auteurs différents par exemple, plusieurs traducteurs pouvaient se les partager. Toujours relues par un ou une anglophone, la traduction de ces textes pouvaient ensuite donner lieu à des discussions de groupe. Si le texte en prose était du même auteur et trop long pour être traduit par une seule personne, nous le partagions entre plusieurs traducteurs et le binôme, en relisant, notait sur un cahier les termes importants afin qu’ils soient toujours traduits de la même façon. Nos traductions qui ont touché aux différents genres littéraires ont donc nécessité des méthodes différentes selon les textes.

 

                        2- Les Nouvelles

L’Irlande est le pays par excellence de la nouvelle, la forme littéraire la plus populaire. La formule de Jean-Paul Sartre « l’homme est un conteur d’histoires » s’applique au peuple irlandais. En Irlande la tradition orale l’emporta sur la tradition écrite pendant des centaines d’années. Les histoires étaient racontées tard le soir près du feu de tourbe. A la fin du XIXème on comprit l’urgence de sauver par l’écriture le patrimoine gaélique, particulièrement le folklore. Lady Gregory (1852—1932) alla de chaumière en chaumière recueillir des légendes ; elle fut frappée par le contraste entre la pauvreté des conteurs et la splendeur des contes, riches en rois ou guerriers valeureux, en fables féeriques ou fantastiques, en amours exaltés, en vastes aventures épiques ainsi qu’en menues anecdotes familières. Elle sut écrire tous ces documents dans un anglais enrichi des images, rythmes et structures de la tradition orale gaélique, dans une langue nerveuse, musicale et vivante. Elle ne fut pas seule ; les transcriptions du folklore furent abondantes : Thomas Crofton Croker, Lady Wilde, Douglas Hyde et Yeats avec son ouvrage Irish Fairy and Folk Tales, parmi d’autres. Un grand nombre d’écrivains de la Renaissance littéraire dont l’initiateur fut Yeats cherchèrent leur inspiration dans cette tradition folklorique gaélique ; leurs nouvelles sont le fruit de la fusion entre la forme ancienne du conte folklorique et les préoccupations de la littérature moderne. La nouvelle était le genre le plus facile à aborder par notre groupe de traducteurs qui se devaient de mettre en valeur sa concentration, son intense économie d’effets.

Plusieurs tomes furent ainsi traduits : en 1985, des nouvelles de Mary Lavin qu’elle choisit elle-même : certaines situées en milieu rural, avec peu d’événements mais des mouvements de l’âme, des petits drames, des tensions familiales et partout le combat contre la solitude et l’indifférence : [1]« Ecrire des nouvelles pour moi, dit-elle, c’est seulement regarder de plus près le cœur humain » . Prenant exemple sur Joyce, Tchekhov ou Katherine Mansfield elle donne un tableau nuancé des relations humaines. Notre livre fut publié aux PUC en 1985. Puis ce fut L’Anthologie de Nouvelles irlandaises de Benedict Kiely, lui-même écrivain, un gros Penguin de 584 pages qui fut apprécié ; publié en 1987, les PUC en firent une réimpression en 1989. Ce sont des fragments du réel irlandais, d’instants intenses, des portraits de société complaisants ou satiriques, des visions personnelles d’âmes et de cœurs qui évoquent aussi bien des destins tragiques que des situations franchement comiques, l’insolite du quotidien devenant art au domaine de l’instant. Ensuite ce fut Le Prophète et autres nouvelles de Michael McLaverty chez Amiot et Langaney en 1992, réédité aux PUC en 1996 sous le titre de Nouvelles de McLaverty. L’auteur qui vécut de 1904 à 1992 y évoque les paysages de l’Ulster, les petites gens qui s’adonnent à la pêche, aux travaux des champs ou aux diverses tâches domestiques. A ce réalisme se mêle une rêverie poétique parfois cocasse ou teintée d’humour, au caractère souvent doux-amer. Seamus Heaney, alors jeune professeur dans l’école que dirigeait McLaverty célèbre « la pureté de son art, la justesse de sa vision ».

Suivirent aux PUC en 1992 les Trente-Deux Nouvelles irlandaises choisies par David Marcus, romancier, auteur de nouvelles, rédacteur littéraire de l’Irish Press et traducteur du poème gaélique du XVIIIè The Midnight Court. Selon Declan Kiberd, le nouvelle a fleuri là où une culture orale a été confrontée à une tradition littéraire sophistiquée. La culture orale est celle du gaélique, essentiellement catholique, qui va être confrontée à la culture protestante et colonisatrice des anglophones. « La façon de s’exprimer et la façon de voir, écrit Marcus, sont le squelette de la nouvelle ». Lorsque la langue anglaise devint celle de la majorité de la population, il y eut co-existence des deux cultures qui marquèrent leur empreinte sur la vision des écrivains. En même temps certains continuaient à penser en irlandais et leur anglais était encore influencé par les tournures de phrase du gaélique. Par exemple si en anglais l’adjectif précède le nom dont l’importance est plus grande dans la phrase, c’est l’inverse en gaélique ; la conséquence est que, en anglais il y a moins d’adjectifs. Dans les nouvelles dont les auteurs pensent encore en gaélique, les adjectifs suivent le nom et peuvent donc être plus nombreux, chacun ajoutant sa touche de couleur. On peut en conclure avec le critique américain Charles E. May que « la langue irlandaise n’a pas encore perdu de sa fraicheur ».

On est tenté de classer aussi parmi les nouvelles deux petits ouvrages de Yeats : d’abord Le Crépuscule celtique que nous avons traduit en 1982 et qui s’inscrit dans le courant d’intérêt pour le folklore. Son titre devint plus tard le nom de toute cette époque. Ancrés dans la réalité irlandaise et pénétrés de surnaturel, ces récits tissent ensemble l’humain, le féerique ou le surhumain. Les Histoires de la Rose Secrète dont la traduction parut au Septentrion en 1984, firent suite au Crépuscule celtique. Elles se situent dans des lieux bien réels de l’ouest de l’Irlande et ouvrent la porte des légendes et de la mythologie celtique : univers magique de personnages fantomatiques nés d’hallucinations, monde de métamorphoses dont la plus significative est cette alchimie spirituelle qui permet, grâce à l’initiation, de réaliser l’homme complet et que symbolise la Rose. Pour clore ce cycle de nouvelles, il s’imposait de faire une étude critique collective du genre : ce fut La Nouvelle irlandaise de langue anglaise, publiée au Septentrion.

 

3- Le Théâtre

Au théâtre les traductions collectives furent plus rares à l’exception de l’ouvrage Deirdre et la Renaissance celtique en deux tomes publiés chez Artus à La Gacilly, qui réunit de nombreuses versions théâtrales du mythe de Deirdre, écrites par des auteurs différents, précédées chacune d’une introduction. Le tome 1 parut en 1990, le second en 1992. Il s’agit d’un mythe important de la littérature irlandaise dont je vais dire quelques mots pour les non-irlandisants. Nous sommes au temps du roi Conchobar. Lui et les hommes de l’Ulster, les Ulates, festoient chez un barde dont l’épouse est enceinte. Au moment où ils vont se séparer, le bébé–la future Deirdre—crie dans le ventre de sa mère ; un druide prédit que sa beauté fera couler beaucoup de sang. Les Ulates souhaiteraient la tuer mais le roi ordonne qu’on l’élève pour qu’elle devienne plus tard son épouse. Loin des regards, elle sera l’une des plus belles filles du pays. Un jour, voyant un veau égorgé sur la neige et un corbeau s’abreuvant de son sang, elle déclare qu’elle donnera son amour à l’homme aux cheveux aussi noirs que le corbeau, aux joues rouges sang et au corps blanc comme neige. Naoise est celui-là. Lui et ses deux frères, de vaillants guerriers, égalent par leurs prouesses tous ceux de l’Ulster. Un jour Naoise se met à chanter, ceux qui l’entendent se réjouissent ; les vaches, dit le mythe, donnèrent alors deux tiers de lait supplémentaires. Deirdre l’entend et va à sa rencontre. Elle lui dit qu’au taureau de l’Ulster—elle désigne ainsi le roi—elle préfère un jeune taureau comme lui. Naoise éprouve des scrupules car il sait qu’elle est destinée au roi ; elle lui jette alors un sort (le geis), le saisit par les oreilles et s’écrie : « Que ce soient deux oreilles de honte et de dérision, si tu ne m’emmènes pas avec toi ». Il obtempère et quitte la province avec ses frères et la jeune femme. Longtemps ils errent en Irlande poursuivis par le roi et les Ulates. Leur situation devient périlleuse en Ecosse car le roi de ce pays entend, lui aussi, conquérir Deirdre. Les Ulates persuadent alors Conchobar de permettre aux fugitifs de venir lui demander protection. En réalité il s’agit d’une traîtrise du roi car, dès qu’ils reviennent, il fait assassiner Naoise et Deirdre devient sa captive. Elle passe un an avec lui sans jamais sourire. Un jour il lui demande quel est celui qu’elle déteste le plus ; elle répond : « Toi, en vérité…et Eogan », celui qui a été chargé du meurtre de Naoise. Le roi décide de la donner à Eogan pendant un an. Quand elle l’apprend, elle se jette d’un char sur un grand roc et meurt. Un pin pousse sur sa tombe, un autre sur celle de Naoise ; les deux arbres s’entremêlent peu à peu pour n’en former qu’un seul. Telle est la trame du texte primitif à partir duquel l’imagination des écrivains a composé des variantes : ce sont les textes de Fiona MacLeod—pseudonyme de William Sharp– , de George William Russell, Yeats, Synge, James Stephens etc., des tragédies d’amour, un amour héroïque, démesuré, en quête de mort ; Deirdre et Naoise vont effectivement au devant de la mort en se livrant au roi ; ces tragédies d’amour et de mort évoquent Tristan et Iseult. Concernant les versions irlandaises, chaque auteur a une approche différente : Yeats se focalise sur la dernière nuit de la jeune femme ; elle est pour lui, tant elle est belle, une mythification de Maud Gonne, la passionaria qui toujours refusa son amour. Sa pièce en vers rappelle celles des Grecs anciens, avec des musiciennes dans le rôle du chœur ; pour elles, l’amour est « sans mesure », désir d’immortalité, destructeur de la vie mortelle. Synge par contre met en avant la psychologie des personnages ; sa Deirdre est fille de la nature ; l’amour est fatal et tragique, un sortilège auquel il est vain de vouloir échapper ; il s’empare de tout l’individu et l’élève au-dessus des lois. Synge qui se savait condamné par la maladie y exprime sa peur de la fuite du temps et de la mort ; elle ne lui laissera pas achever sa pièce. Sa langue est celle, si savoureuse, que parle le personnage de son autre pièce The Playboy of the Western WorldLe Baladin du Monde occidental avec Christie Mahon « le beau parleur » des terres de l’ouest.

L’autre traduction d’un théâtre est celle du Théâtre complet de Yeats en trois volumes à l’Arche ; il s’agit d’une œuvre poétique, essentiellement en vers, dont le texte, utilisé plusieurs fois par des metteurs en scène, a été traduit par un seul auteur et relu avec une anglophone.

 

4Les essais en prose

Explorations publié aux Septentrion en 1981, rassemble essais occultes, politiques, et littéraires se rapportant au théâtre, la seconde contribution majeure de Yeats qui fut l’initiateur du mouvement du théâtre irlandais, le créateur de l’Abbey Theatre de Dublin ainsi que l’auteur de nombreuses pièces. En tant que tel, il choisit le drame poétique à une époque où, dans les pays de langue anglaise, la forme ne répondait pas à la demande des contemporains. Wagner, Villiers de l’Isle-Adam, Maeterlinck aidèrent Yeats à forger ses idéaux.

 

Ce livre puis Essais et Introductions renseignent sur sa dramaturgie. Cet ouvrage regroupe deux traductions antérieures, faites par nos soins, La Taille d’une Agate (1984) publié chez Klincksieck et un choix de textes d’Essais et Introductions (1985) au Septentrion. Ils seront suivis de la traduction intégrale de l’édition anglaise avec introduction et glossaire, publiée plus tard aux Presses de Paris-Sorbonne. L’auteur y exprime son intérêt pour un théâtre nouveau où l’acteur qui bannit tout geste superflu ne détourne plus du texte l’attention du spectateur ; et où le metteur en scène fait preuve d’une grande sobriété. Yeats s’intéressa passionnément aux recherches de Gordon Craig qui avait imaginé des paravents se pliant et se dépliant à l’aide de charnières à double sens, assemblés de façon à former des cubes, des murs, des piliers, des couloirs ; ils évitaient de recourir à un rideau pour changer de décor ; c’était une méthode de mise en scène révolutionnaire qui bannissait les décors habituels. Ces paravents étaient à la fois sobres et suggestifs, transformés à volonté par les projecteurs dont la lumière voyageait sur scène. L’enthousiasme de Yeats fut tel que Craig lui donna des paravents miniatures avec l’éclairage et le droit de les faire réaliser grandeur nature pour l’Abbey. La maquette permit à l’auteur d’imaginer visuellement sa pièce tout en l’écrivant. Il fit niveler la scène en pente de l’Abbey pour qu’on y installât ces paravents sur roulettes ; ils furent d’abord utilisés pour la représentation de The Hour-GlassLe Sablier— en Janvier 1911. En même temps, Craig conçut un jeu basé sur les mouvements d’une marionnette, des gestes symboliques et rythmés, et pour assimiler l’acteur à la marionnette, il lui couvrit le visage d’un masque. Yeats espérait que l’Abbey serait « le premier théâtre moderne à utiliser le masque », lequel hausse l’acteur au-dessus de la réalité d’autant plus s’il est lui-même œuvre d’art, comme le furent ceux de Hildo Krop lors de la représentation en 1922 de la pièce de Yeats The Only Jealousy of EmerLa seule jalousie d’Emer—traduite en néerlandais,. Ils sont exposés à Amsterdam.

La collaboration avec Craig rendit Yeats réceptif au nô ; il y fut introduit par Ezra Pound qui travaillait sur les manuscrits d’Ernest Fenollosa, acteur-amateur du nô et directeur de l’Académie des Beaux Arts de Tokyo. Il eut accès à tous les matériaux en possession de Pound. At the Hawk’s Well—Au puits de l’épervier—fut la première de ses quatre pièces pour danseurs. L’article d’Essais et Introductions « Certaines nobles pièces du Japon » présente le nô, théâtre poétique, symbolique, stylisé, avec chœur, musiciens, danseurs, acteurs masqués, aux mouvements contrôlés, exprimant l’inexprimable, les « profondeurs de l’esprit ». Les rapports entre temporel et spirituel sont au cœur de ces pièces. Les techniques des Symbolistes, les sujets mythiques irlandais et les thèmes apparentés à ceux du théâtre japonais s’allient dans ces drames poétiques qui ne ressemblent à aucun autre en anglais. Aux structures traditionnelles où l’intrigue joue un rôle de premier plan, le poète préfère la pièce en un acte dont la brièveté met en valeur l’intensité dramatique.

Après son succès à Amsterdam, Yeats voulait faire représenter The Only Jealousy of Emer à l’Abbey ; il trouva la danseuse qu’il recherchait en la personne de Ninette de Valois à Rapallo. Ezra Pound l’introduisit auprès du musicien George Antheil dont les théories sur les rapports entre musique et paroles étaient proches des siennes. Et il put utiliser les masques d’Hildo Krop. « Le dramaturge qui peut collaborer avec un grand sculpteur a de la chance, écrit Yeats, et c’est pourquoi je récrivis la pièce…Je me suis efforcé de redire l’histoire dans une prose très simple, et j’ai laissé aux danseurs, chanteurs et musiciens le soin de faire appel à l’imagination » (Explorations p. 370). Fighting the waves—La lutte contre les vagues est cette réécriture en prose et fut représentée à l’Abbey en 1929. Ce fut l’une des pièces de Yeats visuellement les plus satisfaisantes, un opéra plus qu’un drame, un nô pour l’œil et l’oreille tandis que la première version, en vers, était un nô  pour l’esprit. Eliot loua l’utilisation yeatsienne de la méthode mythique avec le personnage de Cuchulain.

 

L’Irlande réelle avec le problème Parnell est également présente dans Essais et Introductions ; ardent nationaliste et premier partisan du Home Rule il avait beaucoup travaillé en faveur de l’autonomie de l’Irlande. Impliqué dans une affaire d’adultère avec Katharine O’Shea, il perdit l’appui d’une partie de l’opinion, provoquant une division nuisible à la cause qu’il avait ardemment défendue. Il mourut abandonné par la majorité de ses compatriotes. Une Irlande désenchantée se détourna alors de la politique et le nationalisme se développa sur le plan culturel. Quand en 1922 Yeats fut nommé sénateur de l’Etat libre d’Irlande, à un membre de la commission chargée des nominations qui se demandait s’il était bon de confier à un poète une charge politique, Olivier Gogarty donna cette réponse superbe : « Sans W.B.Yeats, il n’y aurait pas d’Etat libre d’Irlande ».

Essais et Introductions évoque aussi l’Irlande imaginaire, le monde ésotérique de la magie druidique dont l’Orient propose une clé d’interprétation. Les grands textes de Yeats sur la pensée orientale y sont rassemblés : son introduction au Gitanjali de Tagore, son essai sur le livre de Shri Purohit Swami : Un Moine Indien à qui il sera redevable de l’étude des Upanishads. Ces pages ont une importance capitale pour la connaissance de la pensée hindoue avec laquelle Yeats se sentait en profonde affinité. Au terme de sa vie son credo s’apparente à leur philosophie.

Yeats, critique littéraire, est également présent dans ce livre avec sa conception très moderne de la création artistique et ses réflexions éclectiques sur de grands écrivains irlandais, britanniques ou français, Balzac par exemple. Les articles couvrent une vaste période permettant d’appréhender son évolution et la cohérence de son œuvre. Ils élucident la nature de son inspiration poétique, montrant comment sa démarche esthétique et philosophique est essentiellement syncrétique, visant à la recherche d’une harmonie des contraires. C’est là un volume d’une importance considérable pour la pensée contemporaine.

 

Précédemment Yeats avait publié des essais philosophiques dont Per Amica Silentia Lunae que nous avons traduit en 1979. Le titre est emprunté à Virgile qui, dans l’Enéide, raconte comment « de Ténédos, la Phalange argienne s’avançait dans ses navires rangés en bon ordre sous le silence ami de la lune voilée ». Il s’agit chez le poète latin du conflit où vont s’affronter Grecs et Troyens lequel suggère à l’esprit métaphorique de Yeats l’opposition entre moi et anti-moi, deux aspects de la personnalité.

 

Mentionnons aussi nos traductions de sa Prose inédite, 4 volumes dont nous avons classé les articles selon leurs thèmes : t.1 Mythe, folklore, religion et occultisme 1989 ; t. 2 Vie publique et Nationalisme 1990 ; t.3 : Critique littéraire et artistique 1990 ; t.4 : Critique théâtrale et Glossaire. Le legs de Yeats est un facteur majeur du développement de la littérature irlandaise quel que soit le genre, qu’il s’agisse de son utilisation du passé irlandais, de son histoire, de son folklore, de ses mythes et légendes, de son imagination symbolique, de l’accent mis sur la personnalité, de l’importance donnée à l’expression.

 

5- la Poésie

Pour traduire la poésie d’un seul auteur, pour préserver son « souffle », un seul traducteur s’imposait ainsi que la relecture par un anglophone; ce fut le cas pour la poésie de Yeats dont deux volumes parurent en bilingue chez Verdier : Les Errances d’Oisin et Responsabilités. Avec Les Errances d’Oisin, nous sommes d’emblée dans les mythes irlandais. Dans sa poésie alors, l’Irlande a succédé aux verts paradis de l’Arcadie et à l’exotisme oriental pour offrir un rêve d’évasion. « Dès le moment où j’ai commencé Les Errances d’Oisin, écrit-il, mon thème devint irlandais ». Dans le long poème ainsi intitulé, Niamh, qui a pour mère Edain, célèbre reine légendaire partie vivre chez les Shee, les dieux païens, et pour père Aengus, « ancien dieu irlandais de l’amour, de la poésie et de l’extase » qui règne sur Tirnanog, pays de sans-souci, de l’éternelle jeunesse, Niamh est éprise d’Oisin, guerrier dont les exploits sont rapportés dans le cycle Fenian appelé aussi Ossianic. Elle emmène son bien-aimé dans trois îles successives, d’abord dans l’île de la danse, où rien n’est réel que la joie de l’instant. Cent ans plus tard la mer apporte sur le rivage le manche brisé d’une lance qui rappelle au héros ses compagnons d’autrefois, leurs batailles et l’ivresse du combat. Niamh comprend que l’île n’a plus le pouvoir de le retenir. Ils partent alors pour l’île des Terreurs, encore appelée île des Victoires. Après un siècle de combats continuels, une branche de hêtre, portée par les flots, renouvelle la nostalgie d’Oisin. La triste Niamh cherche donc pour elle et son héros un dernier refuge dans l’île de l’Oubli. Les cent ans fatidiques écoulés, un sansonnet incite le héros à partir retrouver la confrérie des Fenians. De retour dans notre monde, il se rend compte que son absence a duré trois siècles pendant lesquels le christianisme s’est installé en Irlande—alors qu’il avait vécu au temps de l’Irlande païenne. Finn et ses compagnons ne sont plus que héros mythiques à demi oubliés. En se penchant pour aider deux hommes qui titubaient sous le fardeau d’un sac plein de sable, Oisin brise la sangle de son cheval lequel s’enfuit ; le héros touche le sol, la terre reprend ses droits—il devient un vieillard accablé d’ans. L’univers étrange de ces îles a le mystère d’un paysage crépusculaire. La soif d’évasion correspond au romantisme de Yeats à l’époque, avec le retour au passé légendaire et l’exaltation du rêve. On a donné de multiples interprétations de ce poème : ainsi l’épisode de la dame libérée par Oisin dans l’île des Victoires représenterait l’Irlande enchaînée par le démon anglais et les combats répétés du héros seraient la lutte sans fin des Irlandais pour leur indépendance. Que penser de cette interprétation ? Yeats s’intéressait alors modérément à la politique. On a dit aussi que Oisin était le barde enflammé par sa passion et son idéalisme, chevauchant Pégase, symbole de l’inspiration poétique, seul capable de franchir le no man’s land entre naturel et surnaturel, réel et imaginaire, réalisant l’union entre les deux mondes et exprimant sa foi en la création poétique.

Quoi qu’il en soit, les rêves d’évasion du poète se dissipent peu à peu et l’Irlande devient le refuge de son imaginaire. Il y puise ses thèmes. Tous les écoliers connaissent son poème « The Lake Isle of Innisfree »–L’île du lac, Innisfree »– île du Lough Gill près de Sligo. Peu à peu il exprime aussi son intention d’écrire des poèmes nationalistes—«To Ireland in the Coming Times »–« A l’Irlande des temps futurs »– et il se sent profondément patriote. On assiste progressivement à l’intrusion du réel jusqu’au volume Responsibilities 1914 où il mord au fruit de l’expérience, participe à la vie des hommes et souffre avec eux ; le gouffre qui le séparait du monde extérieur s’est comblé : au Yeats nostalgique, accablé par son passé mythique, succède le poète du présent qui va devenir celui de l’engagement, tout en nourrissant le même intérêt pour la création poétique.

 

D’autres traductions ont été vraiment collectives lorsqu’un même volume regroupait des auteurs différents. Tel fut le cas de Poètes d’Irlande du Nord qui parut, avec la collaboration de Colin Meir, chez Amiot-Langaney en 1991, puis fut réédité au PUC en 1995. Ce livre rassemble des œuvres des plus grands poètes de l’époque qui ont tous vécu les déchirures de l’Irlande du Nord et qui sont, sur un mode différent, les chroniqueurs de l’histoire de leur pays, de ses divisions sanglantes. Je rappelle que depuis 1801 l’Irlande et la Grande-Bretagne formaient un seul état où les catholiques étaient exclus du gouvernement. Au XIXè se développa un mouvement nationaliste, catholique et gaélique, qui s’opposait à ceux, protestants en grand nombre, attachés à l’Union, opposés à la création d’un Etat irlandais autonome. Par contre les Irlandais catholiques souhaitaient l’autonomie, le Home Rule. Belfast, coeur de l’Irlande unioniste protestante, devint le centre de l’opposition au Home Rule. L’insurrection de Pâques 1916 à Dublin puis la Guerre d’Indépendance 1919-1921, aboutirent en décembre 1921 à la création de l’Etat libre d’Irlande, amputé de l’Ulster, où la minorité catholique occupait une position subalterne. A partir de là, les différences entre Nord et Sud s’accrurent. En décembre 1948, l’Eire devint République d’Irlande et cessa de faire partie du Commonwealth alors que l’Irlande du Nord était partie intégrante du Royaume-Uni. L’activité armée de l’IRA commença à se manifester. Dans le Nord, le pasteur Ian Paisley prit la tête des extrémistes protestants ; son influence causa de violentes émeutes à Belfast ; les Orangistes, ainsi nommés en souvenir de Guillaume d’Orange ou Guillaume III d’Angleterre, favorables à l’Union avec la Grande-Bretagne, furent à l’origine des défilés commémorant les victoires de Guillaume d’Orange sur les Jacobites, à Boyle, en 1690 ; les catholiques les ressentirent comme des provocations. Les Unionistes, le parti des Orangistes, refusaient toute entente avec les catholiques du Nord. Peu à peu, l’IRA organisa une guérilla sans merci. Des troubles éclatèrent à Derry (13 morts), à Belfast (11 morts). En décembre 1971, 15 personnes moururent dans une explosion à l’intérieur d’un pub catholique de Belfast. Ce fut une période de violences et d’attentats. En novembre 1976, devant le City Hall de Belfast, 16.562 croix furent plantées en hommage aux victimes des « troubles » depuis 1969. En 1978, le terrorisme reprit de plus belle, culminant en 1979 avec l’assassinat de Lord Mountbatten par l’IRA provisoire, la Provisional Irish Republican Army ; Mountbatten était amiral de la flotte, jadis vice-roi de l’Inde, en même temps que l’oncle maternel du Prince Philippe, l’époux d’Elisabeth II.  Des républicains, jetés en prison, entamèrent des grèves de la faim pour y obtenir le statut de prisonniers politiques. Ce fut le cas en 1981 de Bobby Sands ; à la suite de menaces de mort, il avait abandonné son apprentissage de carrossier pour rejoindre l’IRA ; arrêté, il fut jeté dans la prison de Maze, Long Kesh, en Irlande du Nord ; il y écrivait lettres, ou poèmes publiés dans un journal républicain où il expose clairement sa position : « J’étais seulement un enfant de la classe ouvrière d’un ghetto nationaliste, mais c’est la répression qui a créé l’esprit révolutionnaire de liberté. Je ne me résoudrai qu’à la libération de mon pays, jusqu’à ce que l’Irlande devienne une république souveraine, indépendante et socialiste ».[2]

Quelques mots sur cette prison. The Maze—comme nom commun : un labyrinthe, un dédale—est donc le nom de la prison qui fut ouverte en Août  1971, ainsi que celui d’une localité voisine de Belfast. On l’appelle aussi Long Kesh, car située là où se trouvait auparavant un aérodrome de la RAF—« the Royal Air Force station of Long Kesh »–, à la périphérie de Lisburn. En décembre 1975, 1981 personnes y étaient emprisonnées dont 1874 Irlandais nationalistes catholiques. Ils se considéraient comme prisonniers politiques et non comme criminels de droit commun et au début ils furent considérés comme tels, bénéficiant d’un statut mis en place en 1972 par le Secrétaire d’Etat en Irlande du Nord, William Whitelaw qui leur permettait de recevoir davantage de visites, ainsi que des colis de victuailles et de porter leurs propres vêtements au lieu d’uniformes de prisonniers. Cependant un nouveau Secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord mit fin à ce statut le 1er mars 1976. Les prisonniers transférés dans 8 nouveaux bâtiments les H-Blocks –le nom officiel de la prison était alors Her Majesty’s Prison Maze (HMP Maze) protestèrent sans résultat et refusant de porter l’uniforme des prisonniers se couvrirent d’une simple couverture. La situation devenant de plus en plus tendue, ce qu’on appellait « the blanket protest »–la manifestation de la couverture– devint « the dirty protest »–celle de la saleté (de la crotte)–, puis ce fut la grève de la faim. Le 27 octobre 1980, sept prisonniers républicains qui réclamaient le statut de prisonniers politiques refusèrent de manger. En avril toujours en prison, Bobby Sands se présenta aux élections et remporta un siège à la Chambre des communes du Royaume-Uni. Margaret Thatcher fit preuve d’une totale intransigeance et après 66 jours de grève, Sands mourut. Plus de 100.000 personnes assistèrent à ses funérailles à Belfast. La prison sera fermée en septembre 2000. Bobby Sands sera considéré comme héros de la cause républicaine, de la défense de la liberté et de la dignité des prisonniers politiques. L’agitation gagna Belfast, Derry, Dublin. Dix autres grévistes de la faim moururent aussi.

L’IRA provisoire étendit ses actions à la Grande-Bretagne afin d’attirer l’attention internationale ; elle jeta des bombes à Londres dans le kiosque à musique de Regent’s Park et dans le magasin Harrods ; en octobre 1984, ce fut un attentat à la bombe contre le Grand Hôtel de Brighton réservé par le Parti conservateur pour son congrès annuel ; ce n’est qu’en 1985 qu’un accord fut signé entre Margaret Thatcher et le Premier ministre de la République d’Irlande. Mais en République, le Provisional Sinn Fein estima que ce traité était un désastre puisqu’il confirmait la partition, même si le gouvernement de Westminster reconnaissait que la République avait un rôle à jouer en Irlande du Nord. En Ulster, les loyalistes refusaient que Dublin ait son mot à dire dans les affaires d’une région qu’ils considéraient comme exclusivement britannique ; d’où de très importantes manifestations contre cet accord. En 1986 en Irlande du Nord on assista à une escalade de la violence contre les catholiques sous l’impulsion de Paisley. Des assassinats en entraînèrent d’autres. C’est seulement en 1992 qu’on éprouva le désir de sortir de cette impasse politique. En juillet des Unionistes s’assirent autour d’une table au Stormont—leur parlement—avec des représentants du Gouvernement de Dublin ; les conversations conduisirent progressivement à la trêve. L’espoir apparut.

Ces antagonismes et cette violence jouèrent le rôle de catalyseur créatif : la poésie des écrivains de l’Ulster reflète la situation sociale et politique. On assiste sur le plan artistique à une extraordinaire floraison littéraire surtout chez ceux qui ont un lien avec le Nord ; c’est ce qu’on a coutume d’appeler The Ulster Renaissance, après la Renaissance littéraire initiée par Yeats. Parmi les poètes de l’Ulster choisis dans notre livre Poètes d’Irlande du Nord, trois sont d’origine protestante –Hewitt, Mahon, Longley–, quatre d’origine catholique—Montague, Heaney, Muldoon, McGuckian– ; ils incarnent différentes réponses de l’imaginaire à l’angoisse d’une société déchirée. Ils ont conscience de l’importance de la poésie, réservoir de valeurs dans une époque de chaos. Seamus Heaney compose alors une lamentation sur les victimes du dimanche sanglant de 1972. Cependant si sa production s’arrêtait là, il ne serait pas le grand poète qui mérita pleinement le Nobel. On le sentait fort mal à l’aise lorsqu’il était classé parmi les écrivains britanniques. Il vécut et travailla de part et d’autre de la frontière et refusa l’appellation de britannique dans An Open Letter :

«  No glass of ours was ever raised

To toast the Queen »

Nous n’avons jamais levé notre verre

Pour boire à la santé de la Reine.

Le titre de son poème « The Other Side »–« L’autre côté »– est l’expression utilisée par catholiques et protestants lorsqu’ils parlent les uns des autres : « the other sort ». Si l’on perçoit dans les poèmes issus de l’Ulster la situation nord-irlandaise, on ne peut les réduire à cela. La littérature, parce qu’elle est art, prend ses distances. Comme les autres écrivains des pays où sévissent horreur et terreur, les poètes de l’Ulster couraient le risque soit de s’embourber dans le néo-naturalisme de la violence ou dans une croyance religieuse, soit de fuir un univers réel devenu inacceptable. Il n’en fut rien, tout chez eux est subordonné à l’art.

 

6-Textes de civilisation

Si nos traductions portèrent essentiellement sur la littérature irlandaise, nous n’en avons pas pour autant négligé les écrits traitant de problèmes de civilisation. A la demande de Seamus Deane, ce fut la traduction des Field Day Pamphlets : Nationalisme, colonialisme et littérature qui parut à Lille en 1994. Dans son introduction aux trois essais, Seamus Deane décrit l’esprit « Field Day » comme une recherche de l’identité irlandaise, si longtemps occultée par le colonialisme. Il montre que le sectarisme religieux de l’Irlande du Nord résulte de l’interaction entre les stéréotypes du pays colonisateur et ceux du pays colonisé. Edward Said classe Yeats, déchiré entre son nationalisme irlandais et l’héritage culturel anglais dont il utilise la langue, parmi les « grands artistes nationalistes de la décolonisation révolutionnaire ». Un certain nombre de ses poèmes concernent en effet les événements de l’époque et ouvrent sur une théorie de l’histoire ; chaque période historique s’achève, pense-t-il, dans le changement et la violence. Son poème « Léda et le Cygne » en est un exemple. « Mad Ireland hurt you into poetry », dira à juste titre Auden dans son élégie à Yeats—La folle Irlande par ses blessures fit de vous un  poète.

 

Autre traduction, celle du texte de William Molyneux, avec la participation d’Ann Thomson de l’équipe anglaise : The Case of Ireland being bound  by acts of Parliament to England Stated traduit sous le titre Discours sur la sujétion de l’Irlande aux lois du Parlement d’Angleterre et publié aux PUC. Physicien—les questions d’optique retinrent son attention ainsi que l’astronomie, Molyneux (1656-1698) était aussi philosophe—il fonda la Dublin Philosophical Society dans le prolongement de la Royal Society de Londres et traduisit en anglais les Méditations de Descartes. Représentant de l’université au Parlement de Dublin, il se rendit célèbre en publiant ce pamphlet, évoquant les affaires qui, selon lui, portaient atteinte à l’autonomie de l’Irlande ; il y affirmait que, après la soumission volontaire des rois, de la noblesse et du clergé irlandais à Henri II, les droits et libertés anglaises avaient été étendus à l’Irlande. Il contestait au Parlement d’Angleterre le droit de légiférer pour l’Irlande au motif que celle-ci était un royaume séparé, qu’elle possédait son propre Parlement et n’était pas représentée au Parlement d’Angleterre. Cet ouvrage, considéré aujourd’hui comme la première revendication de l’indépendance irlandaise, fit sensation et fut brûlé en place publique.

 

B-  Etudes critiques

  • Le processus de la création

Parallèlement aux traductions, des études critiques furent réalisées, souvent guidées par le souci d’éclairer le mystère de la création. Cet axe de recherche orienta le colloque où avaient été volontairement rassemblés les grands écrivains de l’époque, représentant chaque genre littéraire ; il fut suivi par la publication du livre Le Processus de la création artistique aux PUC en 1994 puis en version anglaise chez Colin Smythe, éditeur installé en Grande-Bretagne, spécialisé dans le domaine irlandais. Le processus de la création y est étudié en poésie avec Seamus Heaney et John Montague, au théâtre avec Tom Kilroy et Tom Murphy, dans le roman avec John McGahern et John Banville. Chaque écrivain essaie de déterminer ce qui se passe en lui lors de la gestation de son œuvre ; dans une introspection courageuse, il part de l’avant-propos de la création, « l’opération préverbale de la psyché », pour atteindre le cœur de la création ; il passe du monde des données à ceux de l’invention, ces mots qui ont chacun leur poids, leur couleur, leur forme, leurs rapports propres. En face de chacun, un critique expose son point de vue sur le même phénomène ; il dissèque l’œuvre créée, remonte le chemin vers cet instant si difficile à appréhender où s’opère la cristallisation. La convergence de ces regards, regard intérieur et regard extérieur avec leur complémentarité, éclaire le mystère de la création.

Cette prospection fut un pôle essentiel de notre réflexion. L’œuvre de Heaney par exemple n’est pas seulement poésie mais aussi pensée sur la poésie, tentative pour définir le personnage du poète. Chez lui, créer est inséparable de la réflexion sur l’acte créateur. Notre ouvrage Seamus Heaney et la création poétique, publié aux PUC en 1995, outre l’article du poète « La frontière de l’écriture », rassemble des articles  de spécialistes de littérature irlandaise et d’amoureux de la poésie qui s’appliquent à décrire ce processus de la création et proposent un périple aux confins de l’imagination ; Heaney est l’artiste qui, en restant fidèle aux traditions locales avec son attachement à la terre d’Irlande comme en témoigne son mythe de la tourbière, donne à sa poésie une perspective internationale.

 

  • Au cœur de nos études : W.B.Yeats 1865-1939

Son œuvre monumentale qui touche à tous les genres littéraires et lui valut le Nobel en 1923 méritait d’être traduite mais aussi interprétée : son écriture est complexe, parfois labyrinthique. Nous avons voulu déchiffrer les significations souvent complexes de ses poèmes, un travail difficile parfois, mais toujours récompensé, reconnaître les multiples sources utilisées dont il réalisa une superbe synthèse toute personnelle en faisant appel à une symbolique comparée. T.S.Eliot dira de lui qu’il fut le dernier des grands lyriques anglais. Il y a maintenant pléthore d’études le concernant sur tous les continents ; il importait alors de le faire connaître en France. C’est pourquoi nous avons lancé le Cahier de l’Herne qui parut en 1981, introduit par Michael Yeats, fils du poète, et homme politique, contenant traductions et articles. L’ouvrage rassemble, outre les contributions des membres de notre centre, les principaux yeatsiens de l’époque comme Norman Jeffares, Kathleen Raine, Richard Kearney, Maurice Harmon, Sean Lucy…des spécialistes français tels que Patrick Rafroidi , Raymonde Popot ainsi que des collègues d’autres disciplines comme Jean-Louis Backès, alors en littérature comparée dans notre université. On y découvre un créateur guidé par un souci d’Unité dont la quête prend différents aspects : recherche de l’identité, dialectique de la nature et de l’esprit, du visible et de l’invisible, un poète qui s’inscrit dans la tradition de Blake mais aussi dans le contexte littéraire contemporain.

On a pu dire que ce créateur, aux multiples intérêts, écrit en anglais mais pense en Irlandais. Toute sa vie de poète et de dramaturge est habitée par cette déchirure ; il s’est impliqué dans le contexte politique irlandais de l’époque, un aspect de son intérêt pour la société irlandaise apparaît dans un autre livre du Centre : The Big House in literature, Reality and Representation publié en Irlande chez Brandon et aux USA chez Barnes and Noble, où l’on découvre son intérêt pour les grandes maisons des Anglo-Irlandais.

Plus tard, en 1990, une monographie lui fut consacrée aux PUC avec la plupart des participants au Cahier de l’Herne, ainsi que Warwick Gould, Edna Longley Seamus Deane, Augustine Martin, Katharine Worth, Christopher Murray et Adolphe Haberer qui le situe par rapport à MacNeice. On retrouve Yeats et son  théâtre dans Studies on the Contemporary Irish Theatre.et dans Perspectives of Irish Drama and Theatre co-édité avec Richard Allen Cave, publié en anglais chez Colin Smythe. Dans ce panorama du théâtre irlandais (en 1991), on remarque des ressemblances entre Yeats et Beckett ; presque soixante ans avant Beckett, Yeats envisageait déjà de faire répéter ses acteurs dans des tonneaux. Dans bon nombre de pièces de deux auteurs, on retrouve les mêmes problèmes politiques et sociaux ainsi que la même attention portée à la mise en scène et à la langue.

 

VI)- Colloques et Sociétés savantes

A côté des interventions hebdomadaires en littérature et civilisation, nous organisions des colloques annuels—la SOFEIR n’existera qu’en 2008 ; outre les intervenants précédemment cités, y participaient universitaires, hommes politiques, écrivains et nous avons reçu une fois les 2 sociétés savantes qui existaient déjà : d’abord  la SAES qui avait vu le jour en 1960, rassemblant toutes les catégories d’universitaires anglicistes de France, et accueillie chaque année dans une université différente. (Lors de ces réunions, les universitaires, réunis en ateliers selon leur spécialité et en fonction d’un thème défini à l’avance par les organisateurs, écoutent les communications des participants et débattent à leur sujet.) Les meilleures interventions étaient publiées[3].

La seconde société savante qui est venue ici fut en 1987 la IASIL, « The International Association fort the Study of Anglo-Irish literature » qui, depuis, a perdu son qualificatif « anglo » ; elle est devenue « The International Association for the Study of Irish Literature ». Ce fut l’occasion de l’une des dernières interventions de Patrick Rafroidi, notre collègue de Lille avec qui j’avais été heureuse de travailler à la promotion des études irlandaises en France. La IASIL avait été  constituée en 1970 ; la conférence inaugurale avait eu lieu à Trinity College Dublin. Dès l’origine elle a organisé une réunion tous les trois ans en Irlande et les autres années ailleurs dans le monde. Cette société internationale est vraiment indispensable car ces rencontres permettent de connaître l’avancée des travaux de collègues éloignés, pour nous, ceux des Américains et des Japonais, spécialistes des nôs ; une société Yeats existe d’ailleurs au Japon.

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Parmi les politiques, le plus connu qui soit venu ici faire une conférence dans le cadre d’un colloque fut sans doute Sean MacBride, né à Paris en 1904, mort à Dublin en 1988,  fils de Maud Gonne, comédienne, féministe, révolutionnaire, l’égérie de W.Yeats qui épousa John MacBride, commandant  de l’Irish Brigade. Ce mariage fut un échec. John MacBride afficha ses convictions nationalistes à Dublin, participa aux événements de Pâques 1916 ; arrêté par les Anglais, il fut fusillé avec les chefs de l’Insurrection. Le jeune Sean était en classe quand on lui apprit la mort de son père. Il rejoignit les rangs de l’IRA pendant la Guerre d’Indépendance de 1919 à 1921 et condamna le traité anglo-irlandais qui instaurait la partition. En 1936 il rompit définitivement avec l’organisation clandestine, s’inscrivit au barreau et entama une brillante carrière d’avocat politique, défendant les détenus républicains et les droits de l’homme. En 1948 il devint ministre des Affaires étrangères et fut présent sur la scène internationale. Après plusieurs défaites électorales, il se retira de la politique, tout en continuant à défendre les droits de l’homme. Il fut alors cofondateur et président d’Amnesty international, participa au Conseil de l’Europe, à la Convention de Genève pour la protection des victimes de guerre, prit la direction du Comité sur le désarmement et assura de multiples missions internationales. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1974 et le Prix Lénine pour la paix en 1976.

 

En littérature, outre les grands noms de la critique, nous eûmes le plaisir de recevoir Seamus Heaney qui vint ici faire des conférences et à qui nous avons consacré deux petits livres, l’un, une monographie, avant son Nobel, l’autre postérieure, Seamus Heaney et la création poétique, tous deux publiés aux PUC. Heaney a enrichi la liste des nobélisés irlandais ; ils sont nombreux :avant lui, il y eut Bernard Shaw, Beckett, Yeats. Parmi les femmes, équipe anglaise et irlandaise ont invité en 1978 et 1982 Iris Murdoch, certainement plus anglaise qu’irlandaise, malgré son ascendance irlandaise—elle a regretté plus tard d’avoir dans son roman The Red and the Green fait l’éloge de la cause nationaliste irlandaise lors des événements de 1916. Nous avons aussi accueilli Kathleen Raine, poète, prosateur, critique de premier plan de Blake et de Yeats et nous avons également traduit l’un de ses ouvrages : W. B. Yeats ou le pouvoir de l’Imagination, Hermann, 2002. L’admiration que nous portions à son œuvre s’est communiquée à nos étudiants puisque Claire Tardieu, maintenant professeur à la Sorbonne, a consacré sa thèse à K. Raine. L’enseignement et la recherche en irlandais se développèrent progressivement en France. Outre Lille et Rennes, il y eut peu à peu des travaux dans ce domaine à Paris, Avignon, Bordeaux, Reims, et les thèses se multiplièrent.

 

VII)- L’ouverture sur les autres arts : peinture, musique, théâtre.

Nous avons aussi essayé d’ouvrir nos recherches sur d’autres arts : peinture, musique, théâtre.

Peinture

En peinture, fut organisée une exposition de Jean Beauchart, peintre et écrivain, auteur du Tarot symbolique et maçonnique qui établit un parallélisme entre tarot et franc-maçonnerie lesquels utilisent, dit-il, la même symbolique. Beauchart aborde l’interprétation, lame par lame, du tarot maçonnique, plongeant au plus profond des traditions grecques égyptiennes, orientales ou kabbalistiques. Son interprétation du jeu intéressa les participants car Yeats puise dans ce jeu certains de ses symboles.

La manifestation la plus importante eut lieu lors du colloque de février 1979 ; ce fut l’exposition dans notre université de tableaux d’Ann Yeats, peintre réputée dont les œuvres sont exposées dans les plus grands musées de Dublin, et qui vint les présenter ici elle-même. La famille Yeats compte plusieurs grands peintres : John Butler, le père du poète, son frère Jack et Ann, sa fille.

Des expositions d’ouvrages étaient organisées à l’occasion de ces colloques avec nos publications, celles envoyées par les Presses de Lille fruit du travail du CERIUL, leur centre de recherche, ou des livres prêtés ou donnés par l’Ambassade, dont ceux, très recherchés de la Cuala Press. Evelyn Gleeson qui avait appris le dessin sous la direction d’un disciple de William Morris, avait fondé en 1903 la Dun Emer Press—Dun Emer en gaélique signifie le fort d’Emer, nom de l’épouse de Cuchulain, une manière de souligner le lien entre les anciens mythes celtiques et la Renaissance irlandaise. Membre de l’Irish Literary Society fondée par Yeats, elle rencontra les deux sœurs du poète qui se joignirent à elle. Elizabeth Yeats se chargea de l’imprimerie, Lily, sa sœur de la broderie et Evelyn Gleeson de la tapisserie. Le poète s’intéressait à leur travail et donnait parfois des conseils. En 1908 la Dun Emer se scinda en deux par suite de problèmes financiers et à cause de la personnalité différente des personnes impliquées. C’est alors qu’Elizabeth et Lily Yeats conservèrent le matériel d’impression et installèrent la Cuala Press.

Musique

En musique, l’une des premières manifestations fut celle de Grainne Yeats, épouse de Michael, le fils du poète. Connue pour ses récitals de harpe—la harpe celtique—elle la fit découvrir au public de l’amphi Copernic ; la soirée s’intitulait : « Irish  history through song » ; elle interpréta la musique chère au poète en l’accompagnant de son chant. La famille Yeats fut toujours prête à nous aider. Grainne eut la gentillesse de nous mettre en contact avec celle de John  F. Larchet responsable de la musique à l’Abbey de 1907 à 1934, professeur à la Royal  Irish Academy of Music de 1920 à 1955 et au département de musique de UCD de 1921 à 1958.C’est ainsi que nous avons obtenu sa partition pour la pièce de Yeats, The Dreaming of the BonesCe que rêvent les os que personne n’avait encore pu se procurer. J’ai remis ces partitions, choisies par Yeats, au Conservateur de notre Bibliothèque universitaire ; on les retrouve dans le petit livre bilingue publié plus tard au Septentrion :  Words for Music Perhaps : le new art de Yeats—Des mots à mettre en musique peut-être : l’art nouveau de Yeats. Sa conception de la musique dans son rapport avec les mots est née de son intérêt pour la diction ; en insistant sur le rythme, elle se rapproche de la psalmodie. Associant musique et œuvre littéraire, Yeats incite les poètes à écrire « comme ils le faisaient tous naguère, non pas pour être imprimés, mais pour être chantés ». Son « art nouveau » évoque le parlé-chanté de l’époque, le sprechgesang. La musique ne doit pas étouffer le mot, la relation musique-parole doit retrouver l’art ancien du file—le barde celtique–, du rhapsode, du ménestrel. Les compositeurs choisis par Yeats répondaient à sa demande : Florence Farr avec l’aide du psaltérion de Dolmetsch, Dulac qui laissait libre cours à l’improvisation des musiciens, Antheil dont la pratique musicale s’accordait avec sa propre analyse des inflexions d’un discours en quarts de tons, Rummel qui recherchait une énonciation vocale entre discours et chant, Partch utilisant des ratios mathématiques pour diviser un octave en 43 microtons qu’il indiquait sur sa viole. Notre collègue Yves Hellegouarc’h, mathématicien et musicien, m’a aidée à apprécier cette musique. Grâce aux compositeurs qui n’ont pas plaqué une musique sur un texte mais l’ont mis en valeur en jouant de la durée des sons, du rythme et d’autres techniques musicales, Yeats qui regrettait le divorce de la musique et de la poésie a réuni parole et chant, contribuant à ce qu’il appelle l’Unité de Culture. Bien plus tard, viendra à l’Université l’Obsidienne, le Groupe de musique d’Emmanuel Bonnardot qui utilise les instruments que Yeats souhaitait—psaltérion, flûte, cymbales—et qui interpréta la musique que le poète voulait entendre pour certains de ses poèmes et ses drames. Dans « Le Monde de la Musique », Marc Desmet loue la qualité exceptionnelle de cet ensemble : « une matière sonore qui détermine une poétique de l’interprétation, tantôt sobre, tantôt fleurie, toujours d’humeur vive et tonique, mais qui ne compromet jamais l’expressivité tout en finesse des mélodies »[4].

 

Le Théâtre

Le théâtre fut une autre ouverture. Après plusieurs communications sur Joyce, nous organisâmes une soirée théâtrale avec Garance dans le rôle de Molly Bloom, l’héroïne de Ulysses.

De son côté Pierre Longuenesse, directeur de compagnie, vint présenter deux pièces de Yeats. Son travail en tant que metteur en scène l’incita à poursuivre l’étude de ce théâtre, à rédiger un thèse fort intéressante à ce sujet, et à enseigner son oeuvre—il est maintenant l’un de nos collègues à l’Université d’Artois.

Par ailleurs Alexandra Poulain qui a enseigné ici un certain temps, auteur d’une thèse sur le théâtre de Tom Murphy que j’ai eu le plaisir de diriger, se tourna ensuite vers Yeats dramaturge. Après un séjour à Lille III, elle est maintenant à Paris III ; elle dirigea récemment un numéro d’Etudes anglaises consacré à Yeats. Elle et Pierre Longuenesse poursuivent ainsi notre travail sur les pièces de Yeats dont l’intérêt se répand désormais en France.

 

VIII)-Revue

A l’origine notre équipe publia des articles dans 2 numéros successifs des Cahiers du Centre de Recherches des Pays du Nord et du Nord-Ouest, revue du Département de scandinave. Très vite nous avons éprouvé le besoin d’avoir notre propre revue. Ce fut Gaéliana—joli titre n’est-ce pas?– dont le premier numéro parut en octobre 1979, regroupant les conférences du Colloque anglo-irlandais de février 1979 et celles de l’atelier d’irlandais lors de la réunion annuelle de la SAES. Outre les grands irlandisants de cette époque, participèrent Ann Rigney, alors lectrice dans notre université, et Michèle Morin, l’une de nos très brillantes étudiantes. Gaéliana parut chaque année pendant huit ans rassemblant des articles de spécialistes de toutes nationalités, en littérature et civilisation irlandaises. Existaient alors en France trois revues concernant l’Irlande, celle de Lille III sous la direction de Patrick Rafroidi à laquelle collaborait Pierre Joannon, celle de Rennes II sous la direction de Jean Noël et la nôtre. Après quelques années et consultation de nos équipes respectives, nous décidâmes de les fusionner sous le titre Etudes Irlandaises avec une co-direction. Cette revue est devenue une publication internationale.

 

IX)-Le financement

Le financement des ouvrages et des colloques fut assuré par l’Université via l’argent versé au Centre de Recherches ou les actions spécifiques attribuées après consultation du Conseil Scientifique. S’y ajoutait selon le cas l’apport du Centre régional des lettres de Basse-Normandie, celui du Centre national du livre à Paris, de l’Ireland Literature Exchange à Dublin, ou de l’Ireland Fund géré par le conseiller culturel en France—Pierre Joannon à cette époque-là–, l’Ireland Fund distribue des subventions aux activités irlandaises extérieures à l’Irlande ; enfin, l’Ambassade d’Irlande à Paris couvrait parfois les frais de voyage d’un intervenant irlandais. Les fonds gagnés par la vente de nos livres et gérés par les PUC revenaient au Centre de Recherche qui avait couvert le prix de leur publication.

 

X)-Reconnaissance universitaire et ministérielle

                        Honoris Causa

Tous nos colloques ouvrant sur l’international, l’Université nous a également soutenus en accordant le grade d’Honoris Causa à plusieurs de nos correspondants : Iris Murdoch,  Kathleen Raine, poète, prosateur et superbe critique, en particulier des œuvres de Yeats ; Seamus Heaney, poète et prosateur, par ailleurs prix Nobel. Des collègues allemands, comme Rüdiger Ahrens travaillant dans le même domaine reçurent également ce titre.

 

Reconnaissance ministérielle

Notre recherche fut approuvée par le CNRS : nous avons, mon mari et moi, fait des recherches aux Archives départementales, pour retrouver la date de cette association ; je remercie Régis Carin qui m’a mis en contact avec Amélie Guesnon chargée des archives de l’Université ; elle nous a aiguillés vers les Archives départementales. Je peux dire avec certitude que nous avions cette association en 1985 et dans les années suivantes ; plus tôt je n’en sais rien.  Un PV du Conseil scientifique recommande notre Centre de recherches en 1983 pour 4 ans. A cette date, nous sommes désignés sous le titre de Centre de recherche de littérature, linguistique et civilisation des pays de langue anglaise dirigé par Genet et Chevalier. En 1985, nous étions effectivement responsables du GDR CNRS (GO 929) d’Etudes anglo-irlandaises que nous pilotions et auquel participaient alors Lille III, Paris III, Rennes, Reims et Bordeaux. L’association CNRS GO 929 figure toujours au PV du Conseil d’Université de Novembre 1990 ; Paris III était alors représenté par Claude Jacquet, Lille III par Jacques Chuto et Caen par moi-même.

Caen eut également la direction du DEA d’Etudes anglo-irlandaises 910752 à triple sceau : Caen-Paris III-Lille III. Les PV du Conseil d’Université ne nous éclairent pas toujours ; ainsi il est indiqué que plusieurs DEA de l’UFR des Langues vivantes furent habilités en 1978 mais sans mentionner leur spécificité ; un autre PV mentionne que ce DEA était bien habilité en 1991-92. J’y ai enseigné plusieurs années, mais ma mémoire refuse de me dire lesquelles.

 

Conclusion

Je terminerai en citant Sénèque : « les plus belles découvertes cesseraient de me plaire si je devais les garder pour moi ». Si le plaisir de la recherche en littérature réside d’abord dans le fait de percer les mystères d’une œuvre, sa réussite et la satisfaction que l’on en tire n’est pleine et entière que s’il y a des témoins, une collaboration dans la bonne entente, ce qui fut incontestablement le cas.

Je voudrais mentionner certains étudiants qui ont poursuivi nos recherches et que je revois toujours avec beaucoup de plaisir : Michel Dufour qui a fait ses deux thèses, la principale et la secondaire, sur Yeats, Claire Tardieu, Pascale Amiot, sans oublier  ceux qui sont maintenant des universitaires caennais : Bertrand Cardin, Thierry Dubost.

 

Il sera désormais plus facile de connaître les travaux de tel ou tel centre de recherche en France sans avoir à plonger dans ses souvenirs comme je viens de le faire, car en 2001 la Société des Anglicistes de l’Enseignement supérieur a souhaité se doter d’un Livre Blanc afin de dresser une cartographie et un bilan de la recherche dans le domaine des Etudes anglophones. Ce document fut coordonné par François Laroque ; il comprend un état des lieux de 21 disciplines et champs thématiques, classés par périodes à partir du Moyen-Âge, par aires géographiques (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Irlande, Commonwealth) et par disciplines (littérature, civilisation, linguistique, stylistique, traductologie, histoire des idées, technologies de l’information, anglais de spécialité, didactique…). Il synthétise les informations disponibles sur les unités de recherche et les sociétés savantes qui se consacrent à ce qu’on appelle l’anglistique, nom donné à notre discipline qui regroupe et approfondit l’ensemble des savoirs mis au service de la compréhension et de la connaissance des communautés d’expression anglophone.

Un nouveau Livre Blanc de la recherche, toujours à l’initiative de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur, coordonné cette fois par Anne Dunan-Page, succède à celui de François Laroque. Il se veut le premier d’une série, puisqu’il est prévu maintenant que des mises à jour régulières seront faites tous les cinq ans. Il synthétise les informations disponibles sur les unités de recherche et les sociétés savantes qui se consacrent à l’anglistique en France, et dresse un bilan de la recherche en s’appuyant sur deux questionnaires préparés par la Commission recherche de la SAES, envoyés aux président.e.s des sociétés savantes  affiliées à la SAES et aux directeurs  et directrices d’unités de recherche.

Jacqueline Genet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] « Short story-writing for me is only looking closer than normal into the human heart ».

[2] «  I was only a working-class boy from a Nationalist ghetto, but it is repression that creates the revolutionary spirit of freedom. I shall not settle until I achieve liberation of my country, until Ireland becomes a sovereign, independent socialist republic ».

[3] Après plusieurs années, l’appétit de recherche grandissant, la SAES allait connaître un phénomène d’essaimage partiel ; beaucoup aspiraient à des retrouvailles complémentaires uniquement orientées vers la spécialité : de même qu’il y eut les Shakespeariens, la Société d’Etudes victorienne…il y eut la SOFEIR, la Société française d’Etudes irlandaises en 2008 et plus tard encore, en 2013, l’association européenne : Efacis, European Federation of Associations and Centers of Irish Studies.

[4] Emmanuel Bonnardot est l’un des spécialistes de la musique du Moyen-Âge et de la Renaissance. D’abord chanteur dans le domaine baroque, il débuta sa carrière de chanteur au sein de la Chapelle Royale de Paris et des Arts florissants. Il se révèle pleinement dans le répertoire médiéval surtout depuis 1993, à la tête de sa propre formation qui obtint le Grand prix du disque, le diapason d’or.

 

 

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