Novembre 2015

Les Lettres et le numérique… Quand les plus vieux savoirs du monde rencontrent les nouvelles technologies

Tables rondes organisées par l’Association des Amis de l’Université

de Caen Normandie

16 novembre 2015 – campus 3 Université – IUT

 

INTRODUCTION

Josette TRAVERT,  présidente de l’association des Amis de l’Université de Caen, ouvre la manifestation en évoquant la tragédie du vendredi 15 novembre qui a frappé Paris et attaqué les valeurs d’universalité et de liberté. Elle remercie les personnalités présentes et représentées et indique que, compte tenu des circonstances, il n’y aura pas de pot de convivialité.

Après avoir rappelé les objectifs de l’association, elle présente le programme des trois tables rondes avant de donner la parole à Mme Carole Dornier.

Carole DORNIER, Professeure de littérature française, Centre de Recherche en Histoire Quantitative (CRHQ), souligne que l’alliance entre les lettres et le numérique peut paraître improbable. Elle rappelle la définition du domaine des Lettres qui recouvre la littérature, la philosophie, l’histoire et ses disciplines annexes, les langues, l’art, la culture et les médias, disciplines qui peuvent paraître « anciennes ». Mais, en fait, il n’y a pas conflit de génération entre les Lettres et le Numérique. Les contenus restent les mêmes mais les moyens de les diffuser et de les explorer sont différents et nouveaux.

Plus encore, c’est le « coup de foudre » entre les Lettres et le numérique. Les capacités de reproduction deviennent fantastiques (bibliothèques virtuelles et possibilités de communiquer illimitées). Avec Internet, le multi-supports, les capacités d’accès et d’extraction sont démultipliées. Les sources deviennent accessibles et vérifiables par tout internaute, on peut proposer des développements spécifiques, faciliter la fouille des textes.

La façon même de concevoir les textes et leur interprétation s’en trouve modifiée, le “distant reading“- par exemple- pratiqué par Franco Moretti  propose de tester des hypothèses sur une très grande masse de textes analysés quantitativement et traités informatiquement rompant ainsi avec la tradition de corpus composés d’un nombre restreint d’œuvres canoniques.

Agnès BABOIS, représentante du Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie

Le Centre Régional des Lettres de Basse-Normandie (CRLBN) est une association loi 1901 créée en 1994 à l’initiative du Ministère de la culture et de la Région Basse-Normandie, avec le soutien des trois départements (14, 50, 61). Ses missions s’organisent en cinq axes principaux :

  • Soutien aux acteurs de la chaîne du livre
  • Promotion et développement de la vie littéraire et des pratiques de lecture en Basse-Normandie
  • Valorisation du patrimoine écrit
  • Diffusion de l’information entre les acteurs du livre et de la lecture
  • Promotion et diffusion de la création culturelle des pays nordiques à travers l’organisation du festival Les Boréales,

Le numérique est présent dans tous ses projets comme celui de la « France vue par les écrivains », dans les réalisations des dossiers thématiques, le recensement de la presse ancienne (1803-1945), le catalogue collectif normand, la bibliothèque numérique Normandia…

Isabelle DUCHATELLE, vice-présidente de l’Université de Caen Normandie déléguée aux transformations pédagogiques et numériques : « les nouvelles pratiques pédagogiques ».

Le numérique omniprésent aux côtés des étudiants permet la transformation des pratiques pédagogiques et remet en cause le modèle vertical descendant dans lequel l’enseignant transmet les connaissances et les usages à la population étudiante dans le cadre du cours magistral. La pédagogie dans l’enseignement supérieur évolue de même que le public (formation tout au long de la vie, poursuite d’étude des bacheliers technologiques, profils sociaux). Grâce au numérique, elle développe une approche par compétences, un environnement collaboratif, un travail en réseau, le conseil, le travail personnel, l’échange…Le numérique permet la production et l’accès en tout lieu et sans limite au savoir, grâce à des outils comme les MOOC’s (Massive, Open Oneline Courses) et FUN (France Université numérique).

Dans cette transformation des usages, la vice-présidente au numérique veille à l’ajustement et à l’harmonisation des structures et des pratiques dans un monde en évolution rapide. Elle a pu accompagner la création et le développement notamment de deux projets : l’un à l’initiative de la COMUE Normandie Université “Soyez acteur de la sécurité de l’information” et l’autre “Equi learning : apprendre l’anglais et le monde du cheval”, projet pour lequel l’université de Caen a été primée lors du dernier colloque de la Conférence des Présidents d’université.

Mais, il y a un besoin essentiel en formation des enseignants à ces nouvelles technologies et pédagogies associées à la valorisation.

 

  • Première table ronde : RECHERCHE ET VALORISATION

Pierre LARRIVEE, Professeur en Sciences du Langage et Michel MOREL, ingénieur de recherche : l’ingénierie linguistique au  Centre de recherche inter-langues sur la signification en contexte(CRISCO)

Après une présentation du CRISCO, Pierre Larrivée et Michel Morel présentent le dictionnaire électronique des synonymes (DES)  et le logiciel de synthèse vocale KALI.

Le DES est un outil destiné à la recherche sur la polysémie lexicale construit à partir de dictionnaires numérisés et proposé en ligne. Amélioré en permanence, il reçoit en moyenne chaque jour 35000 visiteurs et renseigne 180000 requêtes, soit une progression de 10% en 2015. Ses concepteurs poursuivent la valorisation du DES et continuent à l’enrichir par des calculs internes ainsi que par la collaboration des utilisateurs. Ils ont prévu de pouvoir croiser prochainement plusieurs recherches et de créer des versions autonomes pour ordinateur et tablette.

Destiné aux déficients visuels, aux déficients de la parole et à l’industrie, le système KALI, commencé en 1995 dans le cadre d’une collaboration public-privé (CRISCO, GREYC, Club Micro Son et Société Electrel) est commercialisé depuis 1999. Proposant à l’origine uniquement des voix en français, il offre maintenant des voix en anglais et en wolof. La qualité de sa parole s’améliore chaque année, notamment grâce à un modèle prosodique basé sur des contours naturels (300 par langue), choisis en fonction de la taille des groupes de mots, de leur position, de leur fonction dans la structure de la phrase et de la distribution de l’information.

Carole DORNIER, Professeure de littérature française, CRHQ : Le projet MONTEDITE, édition en ligne des Pensées de Montesquieu

Fruit de la collaboration du pôle numérique de la MRSH , des presses universitaires de Caen (PUC), du CRHQ de l’université de Caen Normandie et de la bibliothèque de Bordeaux, le projet MONTEDITE est une édition électronique des Pensées de Montesquieu qui présente une numérisation de documents fragiles, difficilement lisibles,  dont la digitalisation haute définition facilite une exploration qui n’est plus contrainte par le souci de la conservation et dont le caractère dynamique et évolutif autorise une étude plus aisée que le support papier.

Les Pensées de Montesquieu sont des fragments consignés pendant 30 ans dans 3 volumes sous la forme d’un cahier de travail.  La numérisation rend possible notamment :

– la reconstruction de la chronologie par la reconnaissance des écritures des secrétaires de Montesquieu.

– une idée de l’élaboration de l’œuvre, plus spécialement comment l’auteur est parvenu à “L’Esprit des lois”.

Pour découvrir plus amplement les possibilités fournies par ce projet :

https://www.unicaen.fr/services/puc/sources/Montesquieu/index.phq?pagre=projet

 

Brigitte  GAUVIN, Maître de Conférences en langue et littérature latine, Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales (CRAHAM) : “Un exemple d’édition sur double support : le livre des poissons de l’Hortus sanitatis”

Le livre des poissons de l’Hortus sanitatis a été édité sur deux supports :  papier et numérique. Comprenant 8 traités et 1066 vignettes, L’Hortus sanitatis est une œuvre originale, au croisement du beau livre et de l’encyclopédie. Il a connu, notamment grâce à ses illustrations, un grand succès. À la fois guide de santé et encyclopédie, il constitue le dernier maillon de la science médiévale et le premier livre imprimé de sciences naturelles. Le texte du De Piscibus, quatrième livre de l’Hortus sanitatis, est composé de 106 chapitres classés par ordre alphabétique et consacrés à un ou plusieurs poissons, dont les noms sont indiqués en tête de chapitre. Chaque chapitre, précédé d’une vignette illustrée mettant en scène les poissons traités, indique leurs comportements ainsi que leurs usages thérapeutiques et diététiques.  La publication en ligne s’inscrit dans un programme de recherche sur les textes latins d’ichtyologie mené à l’université de Caen Normandie. L’original est conservé dans les bibliothèques d’Épernay et de Valognes.

L’édition numérique est un travail en collaboration entre des chercheurs du CRAHAM, les PUC et le pôle numérique de la MRSH.

Pour découvrir plus amplement les possibilités fournies par ce projet :

https/www.unicaen.fr/sources/depiscibus/accueil

Marie BISSON, doctorante du Centre Michel de Boüard (UMR 6273) : La Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel (BVMSM) dans le cadre du programme Ex monasterio Sancti Michaelis

Lieu central de l’imaginaire de l’Occident, la bibliothèque du Mont Saint Michel fut confisquée à la Révolution française. Un patrimoine d’une telle richesse mérite donc d’être préservé et partagé avec le plus grand nombre. La mise en ligne de la bibliothèque virtuelle répond à la double exigence de protéger et de rendre accessible à un public élargi un patrimoine riche, mais fragile. Elle permet aussi de rassembler la collection, quelque peu dispersée.

En effet, entre son transfert à Avranches (inventaire de 1790) et l’inventaire réalisé dans le cadre du projet BVMSM, on a noté la disparition et la dispersion d’un tiers des ouvrages manuscrits et plus de la moitié des volumes imprimés. Avec l’aide du pôle Document numérique de la MRSH de l’université de Caen Normandie, le travail a consisté à recenser les volumes, à constituer un catalogue numérique complet des ouvrages ayant appartenu à l’ancienne abbaye et à numériser les documents pour les mettre en relation avec leur description.

Ce catalogue numérique (Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel) appartient à un programme plus large – Programme Ex monasterio Montis Sancti Michaelis – constitué également d’un programme d’édition d’inventaires anciens (programme d’édition critique soutenu par l’Equipex Biblissima et d’un programme d’édition de textes montois (notamment la thèse consacrée aux textes du mauriste dom Thomas Le Roy soutenue en décembre 2015). Pour parcourir cet ensemble ont été mis en place des thesauri collaboratifs de personnes, œuvres et lieux permettant l’indexation du corpus intégral du programme Ex monasterio Montis Sancti Michaelis.

 

Pierre-Yves BUARD, ingénieur d’études, coordinateur du pôle document numérique de la MRSH : Accompagnement et valorisation , le pôle numérique de la MRSH

Une source écrite est un ensemble de données variées (édition de texte, base de données, notices écrites …) constituant des informations exploitables et récupérables afin de produire d’autres informations exploitables et récupérables. Les objectifs et les principes qui guident le pôle numérique au sein des humanités numériques émergentes marquées par une frontière poreuse entre conservation, communication, diffusion, valorisation, édition et analyse, sont d’articuler la valorisation du patrimoine et la recherche scientifique, de valoriser les fonds traités, de préserver la qualité éditoriale, d’améliorer l’indexation des documents, d’automatiser la production des formes, de respecter les normes internationales et d’assurer l’archivage. Les programmes sont variés : philosophie, archéologie, histoire, littérature….

Les techniques connues et classiques notamment XML (Extensible Markup Language), TEI (Text Encoding Initiative), EAD (Encoded Archival Description) et RDF (Ressource, Description Framework) permettent de structurer un texte, d’éditer en ligne, de visualiser et de réaliser des explorations interactives.

 

Frédéric BILHAUT, co-fondateur de Noopsis : la startup Noopsis et ses liens avec la recherche à l’Université de Caen Normandie

Fondée en 2008, NOOPSIS, émanation du Groupe de recherche en informatique, image, automatique et instrumentation de Caen (GREYC), est un fournisseur technologique d’extraction de données structurées à partir du langage naturel (TAL/NLP) et d’agrégation et de gestion de connaissances structurées (KM) dont les applications sont la recherche d’information et la gestion de connaissances, la veille stratégique commerciale ou d’opinion et la création et l’enrichissement de bases de données. La première application du modèle est la veille stratégique (exemple Vodafone) fondée sur l’analyse d’un texte afin de faire apparaître les faits et les liens qui existent entre les concepts utilisés (création de graphiques).

Une seconde application est l’étude du ressenti. Elle permet, en faisant apparaître des caractéristiques (polarité, cible, intensité, mode) d’un texte de définir le positionnement concurrentiel de produits. Les domaines d’application sont nombreux et variés : moteurs de recherche, diffusion du savoir, visualisation des connaissances…

En conclusion, F.Bilhaut a présenté le long cheminement de la création de la startup de 2007 à 2010, et son développement jusqu’à son adossement à la société Customer Matrix, qui applique aujourd’hui sa technologie dans le domaine de la relation client.

 

  • Deuxième table ronde : FORMATION

Chantal MEYER-PLANTUREUX, vice-présidente de l’université Caen Normandie.

Le master recherche  (parcours archives) « Lettres et philosophie, spécialité Arts du spectacle » (dont l’originalité, unique en France, est la spécialisation dans le domaine des archives en Arts du Spectacle,) offre une option professionnalisante et concerne à la fois les étudiants de théâtre et de cinéma. Il entretient des relations privilégiées avec les institutions culturelles de la région l’IMEC entre autres, et nationales, INA, BnF, Fondation Seydoux/ Pathé, avec les théâtres mais aussi avec la Maison de l’Image…Le Master professionnel offre des débouchés dans le domaine de la production cinématographique et audiovisuelle.

Présentation détaillée : site de l’université de Caen Normandie:

webetu.unicaen.fr/jsp/liste_resultats-et-etude/master-lettres-artetphilosophie-specialiteartdu spectacle-pro-red

 

Laurence MONTEL, maîtresse de conférences en histoire contemporaine (CRHQ)

Le master « Histoire, spécialité Métiers du patrimoine historique et culturel » donne des connaissances scientifiques solides en Histoire et une compétence dans la gestion administrative et financière d’organismes à vocation patrimoniale. Il initie aux techniques et méthodes de l’archivistique, de la muséologie, du tourisme culturel, fournit des connaissances et développe des compétences indispensables pour exercer une responsabilité en autonomie dans ces domaines. Il est organisé en liaison étroite avec les institutions patrimoniales régionales (Archives, musées, galeries d’art, DRAC…) et prévoit un stage long de 16 semaines. Stage possible à l’étranger géré par le Service des relations internationales de l’université avec possibilité d’attribution d’une bourse. Présentation détaillée : site de l’université de Caen Normandie :

webetu.unicaen.fr/formation-et-etude/master-histoire_specialite-metiers-du_patrimoine-histoire-culturel

Brigitte GAUVIN, maître de conférences en langue et littérature latines (CRAHAM)

Le master « Document, spécialité Édition, mémoire des textes » (professionnel et recherche), organisé avec plusieurs partenaires, propose une préparation aux métiers de l’édition, des bibliothèques et de la recherche ciblée sur le document numérique et la connaissance du patrimoine écrit.  Il ouvre sur trois branches d’activités dont l’évolution, liée au développement du numérique, impose de maîtriser un ensemble de connaissances et d’outils méthodologiques : l’édition en sciences humaines et sociales, la valorisation du patrimoine écrit par le numérique et l’édition critique de sources textuelles. Il fournit des débouchés variés et nombreux. Spécialisé dans le domaine de la conservation et de l’édition ainsi que dans celui de la science des textes, il associe des disciplines et des savoirs traditionnels (philologie, sciences auxiliaires de l’histoire) et la maîtrise de nouvelles normes et d’usages du numérique. La spécialité permet l’acquisition de savoirs  et la maîtrise d’outils méthodologiques, spécifiques dans les domaines de l’analyse, conservation et édition des sources écrites, des formes, des usages et des enjeux du document numérique, la formation à l’ingénierie éditoriale, plus spécifiquement en contexte numérique, l’acquisition des techniques de la bibliographie scientifique, la connaissance du contexte professionnel, privé ou public, du secrétariat d’édition et celle du contexte professionnel de la gestion et de la valorisation du patrimoine écrit.

Présentation détaillée  : webetu.unicaen.fr/jsp_résultats_fonction.jsp?OBJET=FORMATION$&LIBBELLE-masterdocument&code_RU

Virginie LEDUC : diplômée du  Master Document, spécialité Édition, mémoire des textes

Employée par la société ASSIMIL depuis avril 2011, elle a été recrutée, d’abord en CDD en qualité d’opératrice de saisie XML puis en CDI comme assistante d’édition, en particulier grâce à sa maîtrise des techniques du numérique enseignées dans le master. Son activité consiste à préparer des ouvrages dédiés au papier et au numérique.

Jérémie HALAIS : diplômé du Master Histoire, spécialité Métiers du patrimoine historique et culturel en 2004-2005

Chargé de la valorisation et de l’action culturelle aux archives départementales de la Manche. Il a notamment en charge les missions « classiques » liées à la valorisation des collections : expositions, publications, colloques, conférences et actions pédagogiques. Depuis 2010, il assure également une mission de médiation numérique afin de faire connaître les collections numérisées du service (3 millions de fichiers mis en ligne depuis 2010 sur recherche.archives.manche.fr). À cet effet, il a développé une stratégie de diffusion web qui passe par la mise en ligne de contenus rédactionnels (articles sur les thématiques de l’histoire régionale ou nationale, de la généalogie, du patrimoine, de l’archivistique ainsi que des guides de recherche, ou des expositions virtuelles), une animation sur les médias sociaux (11 000 fans sur la page Facebook, 2000 sur Twitter) et par des partenariats numériques (ex. lancement en juillet 2011 de trois expositions virtuelles sur l’histoire du Mont Saint-Michel avec l’Institut culturel de Google).

Pierre BEUST, directeur du CEMU : Centre d’Enseignement Multimédia Universitaire

Le CEMU est un service commun de l’université qui a une double mission : la Formation Ouverte à Distance -FOAD-  (accompagnement  des composantes dans la production et le pilotage de dispositifs de formation à distance, pilotage du certificat informatique et internet -C2i-Niveau 1, production de MOOC/SPOC) et  la transmission des Technologies de l’Information et de Communication pour l’Enseignement (TICE). Il dispose d’une équipe de 20 personnes, de locaux  et de moyens techniques (campus 3, Ifs). Il organise des journées d’échanges et propose un appel à projets annuel à destination des enseignants et des équipes enseignantes. Ses activités sont reconnues, notamment 1er Prix au Concours “Innovations Numériques” de la CPU pour Equi Learning.

Le futur du CEMU, c’est la pédagogie à l’heure du numérique avec l’essor de la formation tout au long de la vie et l’offre d’une palette de réponses à des situations diverses (contexte de l’accréditation), l’enseignement présentiel à forts effectifs et l’enseignement à distance, les études et l’activité salariée, les cursus multiples, les charges de famille, le handicap, l’incarcération, …, une forte demande d’hybridation des parcours.

Il n’y a plus d’opposition entre distance et présence ; l‘écart entre les deux est un continuum où l’on place un curseur pour une réponse adaptée à l’étudiant.

 

  • Troisième table ronde : DIFFUSION

Hervé LE CROSNIER, Maître de Conférences en Informatique : Qu’est-ce qu’un document numérique?

Un document numérique s’inscrit dans l’économie de service où dominent le travail en réseau et les pratiques coopératives rompant ainsi avec l’économie de production.  Produit de calculs, il donne lieu à une lecture industrielle qui laisse une empreinte et une traçabilité inexistantes auparavant.

Dominique ROUX, Ingénieur de Recherche, responsable éditorial des PUC : Qu’est-ce qu’un document numérique?

L’activité traditionnelle de l’édition – l’auteur du texte confie à un éditeur la charge d’élaborer un ouvrage par  un processus industriel –  va évoluer progressivement par l’introduction du numérique au sein du processus.

Dans les années 80-90,  les photograveurs disparaissent et on note l’introduction de l’informatique (apprivoisement du clavier électronique). L’auteur a l’impression qu’il fait tout.

A la fin des années 90, le livre plonge dans le numérique (fabrication, données de catalogage, archivage pérenne). Il y a un vrai savoir éditorial ajouté par l’éditeur : on confectionne un format unique sous forme numérique qui peut être diffusé de plusieurs manières. Le principe appliqué  est le Single Source Publishing , en format  XML/TEI. Tout part d’un fichier de base et du texte de l’auteur avec lesquels est construit un fichier pivot utilisé pour  réaliser les mises en page et les différentes productions (livre électronique, site Internet, CD rom et papier) adaptées aux diffusions possibles (enseignement, grand public, recherche…). Cette méthode a été créée à Caen. On a utilisé la revue Tabularia du CRAHM pour la mettre au point. Il s’agissait de travailler sur un texte complexe : les sources médiévales de la Normandie. Elle est une expérience première.

Peut-on répondre maintenant à notre question : qu’est-ce qu’un document numérique ? Oui. C’est rien.

Gregor BLOT-JULIENNE, directeur adjoint du Service Commun de la Documentation de l’université (SCD) : Ce que le numérique change en bibliothèque.

Si la bibliothèque est un stock, impératif de conservation et sédimentation de la connaissance, elle n’est pas un cénotaphe. Elle doit donner accès à la connaissance par la mise en œuvre de classifications aux multiples points d’entrée (auteurs, titres, supports, sujets…) et satisfaire les besoins des publics. En faisant exister la confrontation des points de vue dans le cadre de la liberté de conscience, la bibliothèque n’est pas dissociable de la sphère éducative et de l’idéal d’éducation. Il n’existe pas de droit à la bibliothèque donc la démarche du lecteur repose sur son libre arbitre et le bibliothécaire. Médiateur, celui-ci permet le repérage autonome ou non du lecteur pour faire émerger l’information pertinente de la masse d’information.

Le degré de pénétration du numérique définit des caractéristiques de bibliothèque : lieu des collections matérielles privilégiant le travail sur place avec des catalogues papier, lieu où les catalogues sont informatisés (SIGB), bibliothèque en ligne où on recherche des documents dans des entrepôts numériques (OAI-PMH) et bibliothèque hybride où on travaille sur place avec des documents numériques libres. Les ressources numériques sont essentiellement des revues dématérialisées, accessibles par toute la communauté universitaire 24h/24 et 7 jours/7. Elles entraînent la création de nouveaux outils de veille et suppriment les déplacements. Le métier de bibliothécaire se transforme. Il devient un médiateur qui offre de nouveaux services et investit de nouveaux terrains.

Mais le marché du numérique est un marché anglophone, lucratif et rentable (20 milliards de dollars de CA annuel) créateur de l’inégalité. Aux astreintes juridiques (catalogues d’auteurs…) s’ajoutent les contraintes économiques (budget limité, inflation …) qui freinent la diffusion des résultats de la recherche. Les réponses actuelles (consortium, achats d’archives OPEN ACCESS) ou les logiciels (TDM, Stores, …) ne sont pas efficaces en France. En 2013, 93.5% des bibliothèques françaises ne proposaient pas de prêt de livres numériques … mais 95% des bibliothèques américaines le faisaient. Dans ce contexte, quel avenir pour les bibliothèques : la fin ou l’hybridation?

Jean-Pascal FOUCHER, directeur des Archives départementales de l’Orne : Les Archives, leur Public et le Numérique.

Les liens qui existent entre les archives et le numérique peuvent se décliner sous trois angles : les données numériques, l’identification et la numérisation de documents. Pour satisfaire les besoins des producteurs, il convient de définir des politiques de collecte (tri, sélection, statistiques, données individuelles …) pour assurer un archivage pérenne qui réponde au questionnement des utilisateurs et facilite les recherches. L’identification consiste à construire des bases de données fondées sur des outils informatiques (SAD, XML et EAD) qui permettent la numérisation de documents originaux. Aux Archives de l’Orne ces pratiques existent depuis 20 ans. Avec la numérisation, les documents contenus dans les différents fonds (généalogie, iconographie, projets scientifiques, reconstitution de fonds dispersés…) sont consultables 7 jours/7 et 24h/24 soit dans les salles de lecture, soit à distance par un large public dès lors qu’il possède les équipements adaptés. Il y a donc évolution des pratiques. La satisfaction des utilisateurs s’accroît par un accès plus répandu, la mise en ligne qui favorise le travail collaboratif et le partage et le gain de temps de lecture (moins de déplacements).

 

  • CONCLUSION par Pascal BULEON,  directeur de la MRSH

La compréhension de la place occupée par le numérique à l’université de Caen telle qu’elle vient d’être si brillamment exposée dans les différentes communications proposées est le fruit de 15 ans de travail et d’efforts pluridisciplinaires principalement dans les domaines des Sciences Humaines. Il rayonne sur l’ensemble des sites universitaires caennais et se répand aux niveaux national et international.

Champ épistémologique fort, le numérique et la pensée révèlent des formes nouvelles essentielles pour structurer, transmettre et partager les connaissances.

Le développement du numérique à l’université de Caen s’appuie sur des collaborations essentielles notamment avec l’IMEC, le CNRS, l’État et la Région (définition de politiques autour du numérique et de l’enseignement). Le CNRS a ainsi choisi le site de Caen et les PUC comme centre d’accueil de nombreuses équipes de recherche en sciences humaines travaillant sur le numérique.

 

 

 

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