Octobre 2017 Le doctorat pour quoi faire ?

 Résumé des Tables rondes

Le doctorat pour quoi faire ?

 

Alors que le doctorat est quasiment le diplôme le plus élevé délivré par l’Université, il est méconnu par les employeurs potentiels ce qui complique l’insertion professionnelle des jeunes docteurs. Cette situation est paradoxale dans la mesure où les docteurs ont des compétences qui sont en phase avec les exigences d’un marché du travail en constante évolution. L’association des amis de l’université de Caen Normandie a souhaité éclairer ce paradoxe et ouvrir le débat, avec des témoignages de doctorants et de docteurs, la description de la situation des docteurs formés à Caen ainsi que de la politique menée à Caen pour soutenir les doctorants.  A cette fin, elle a organisé, dans le cadre de la Fête de la science, deux tables rondes le jeudi 12 octobre 2017 après midi, la première consacrée à l’itinéraire d’un doctorant à l’université de Caen Normandie et la seconde au devenir professionnel des docteurs de cette université.

Cette manifestation, réalisée en partenariat avec Relais d’sciences, et avec le concours de l’université de Caen Normandie, de la Bibliothèque Alexis de Tocqueville et de l’association OPTIC, s’est déroulée à l’auditorium de la bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen en présence d’une soixantaine de personnes. Elle s’est conclue par un pot amical à « La table des matières ».

Dans son Introduction, Josette Travert, présidente de l’association des amis de l’université de Caen Normandie, a souligné le fait que le doctorat n’est pas suffisamment reconnu à sa juste valeur en France contrairement à ce qui se passe dans les autres pays. Elle a rappelé qu’une des recommandations des états généraux de l’enseignement supérieur et de la recherche de 2012 avait été de valoriser le doctorat dans le privé et le public, ce que nous souhaitons faire ici à notre modeste niveau. Elle a, ensuite, remercié les personnes qui ont contribué à l’organisation et à l’animation des tables rondes, avec une mention particulière pour l’association OPTIC « dont on connait le dynamisme dans le cadre de la Fête de la science ».

 

La première table ronde intitulée L’itinéraire d’un doctorant à l’université de Caen Normandie était modérée par Christiane Franck, membre du conseil d’administration de l’association des amis de l’université de Caen Normandie. Elle a annoncé le programme de cette première table ronde : un exposé sur l’accompagnement des docteurs à l’université de Caen Normandie, un focus sur le rôle du Dôme qui contribue à la diffusion de la culture scientifique, des témoignages de la présidente de l’association OPTIC et d’un directeur de thèse.

*L’exposé de Nicole Ogier, responsable du pôle Formation doctorale à la Direction de la Recherche et de l’Innovation à l’université de Caen Normandie, a porté sur Le parcours doctoral : de l’inscription à la soutenance.

Dans une première partie, Nicole Ogier a rappelé ce qu’est le doctorat. Diplôme de référence à l’international, le doctorat est la plus haute marche du système européen des diplômes de l’enseignement supérieur LMD : après trois ans pour la licence et deux ans pour le master, les études doctorales durent trois ans. La formation doctorale est une formation à et par la recherche ; le doctorant est à la fois un étudiant et un jeune chercheur : les études doctorales constituent une expérience professionnelle. Le doctorat est préparé en trois ans dans une école doctorale, au sein d’un laboratoire de recherche sous la responsabilité d’un directeur de thèse. Le doctorant réalise un travail scientifique de recherche, personnel et original conduisant à la production de connaissances nouvelles. Des formations complémentaires et un accompagnement du parcours professionnel sont proposés par l’établissement de préparation de la thèse.

La deuxième partie de la présentation de Nicole Ogier a porté sur la préparation du doctorat à l’université de Caen Normandie. L’université compte 8 écoles doctorales, 46 laboratoires de recherche et 36 disciplines de doctorat : l’éventail des propositions d’études doctorales est donc très large. Pour faire un doctorat, l’étudiant doit trouver un sujet de thèse, un directeur de thèse qui a la responsabilité scientifique du travail effectué par le doctorant et un financement. Une fois le financement trouvé, le principal dispositif de recrutement, depuis son instauration en 2009, est le « contrat doctoral » conclu pour une durée de 3 ans entre un établissement employeur et un doctorant.

Dans la troisième partie de son exposé, Nicole Ogier a mis l’accent sur l’accompagnement pendant le doctorat et la préparation à la poursuite du parcours professionnel. Le doctorant acquiert et développe des compétences grâce aux activités qu’il mène tout au long de son projet de recherche. L’objectif des formations mutualisées est de compléter cette formation afin d’accompagner le parcours doctoral et de préparer la poursuite du parcours professionnel. Cette offre de formation, proposée par la Direction de la Recherche et de l’Innovation de l’université, est ouverte sur les métiers de demain et s’adresse à tous les doctorants. 5 modules d’acquisition de compétences sont proposés : méthodologie et outils de la thèse ; communication et savoir-être ; protéger, valoriser et diffuser les résultats et produits de la recherche ; accompagnement du devenir professionnel ; diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle.  A côté, sont présentés 3 parcours professionnels : recherche et enseignement supérieur ; entreprise ; carrières dans les  agences d’administration territoriale, nationale et internationale.

Pour conclure, Nicole Ogier a insisté sur le fait que les compétences acquises par les docteurs leur permettent d’exercer une activité professionnelle dans de nombreux secteurs d’activité et sur des fonctions variées dans le secteur public aussi bien que dans le secteur privé.

*Virginie Klauser, chargée de projet de médiation pour les scolaires et les doctorants au Dôme (Relais d’sciences), a présenté L’offre doctorale du Dôme.

La première partie de l’exposé de Virginie Klauser a porté sur la formation des doctorants à la médiation scientifique. Le premier niveau de formation est consacré aux bases de la médiation scientifique : comment vulgariser les connaissances ? se faire comprendre ? s’adapter à des publics différents ? Au second niveau, on insiste sur l’utilisation d’outils innovateurs de type « fablab » l’idée étant de trouver un support original pour présenter un sujet. Par exemple, des doctorants ont utilisé une fraiseuse à bois sur le thème du cerveau, l’objectif étant de comprendre comment fonctionne le cerveau avec un objet attractif qui suscite la curiosité.

Dans la deuxième partie de son intervention, Virginie Klauser a exposé quelques-unes des opérations de médiation auxquelles participent des doctorants dont « l’atelier du chercheur », « les parcours culturels scientifiques » et « MT180 ». L’atelier du chercheur regroupe, dans le cadre de la Fête de la Science, une vingtaine de doctorants qui vont rencontrer un millier de scolaires, collégiens ou lycéens de l’Académie de Caen. Le but est d’expliquer ce qu’est la recherche, ce que font concrètement les chercheurs, de transmettre sa passion, de susciter de l’intérêt et de la curiosité pour des métiers peu connus. Pour les parcours culturels scientifiques, les lycéens et les apprentis, qui ont alors un projet particulier, peuvent être accompagnés par des doctorants. Virginie Klauser a pris l’exemple d’un projet de ruche connectée dans un lycée ornais qui avait bénéficié de l’aide d’une doctorante en mathématiques pour comprendre les structures mathématiques qui interviennent dans les alvéoles de la ruche et d’une doctorante dont les recherches sur les médicaments pourront immuniser les abeilles contre un acarien qui décime les colonies. Dans le cadre de l’opération MT180 il s’agit pour le doctorant de présenter sa thèse en 3 minutes ce qui exige une complète maitrise du sujet et des compétences particulièrement poussées en matière de communication.

Enfin, l’intervenante a invité le public à visualiser des portraits de doctorants sur le nouveau site : https://www.echosciences-normandie.fr/

Pour illustrer l’exposé de Virginie Klauser, ainsi que la diversité des recherches menées à l’université de Caen Normandie, deux prestations filmées dans le cadre de MT180 2017 ont été projetées : celle de Valentin Pestel, vainqueur de la finale normande sur « La recherche d’oscillation des neutrinos au-delà du modèle standard : Calibration et Analyse de l’expérience SoLid auprès du réacteur BR2@SCK-CEN », puis celle de Lucie Hebert sur « Les détenus de droit commun déportés pendant la Seconde guerre mondiale, les oubliés de la mémoire collective ».

* Témoignage de Charlène Duboc, doctorante et présidente de l’association OPTIC

Charlène Duboc a d’abord présenté l’association OPTIC qui regroupe les doctorants en sciences « dures » (physique, mathématiques, chimie, informatique, biologie) de l’université de Caen Normandie. Les objectifs de l’association sont de constituer un réseau des doctorants, d’aider les doctorants de l’inscription à la soutenance de la thèse, de se connecter avec des postdoctorants pour préparer l’avenir, d’organiser des sorties comme la visite de la Cité de la mer à Cherbourg, de participer à la Fête de la Science et d’autres opérations de vulgarisation scientifique.

Quant à son parcours, après un bac S Charlène Duboc a commencé par une première année en médecine ; après cette expérience non concluante elle a suivi un cursus de DUT en génie biologique puis, profitant des passerelles entre les filières, a intégré une licence en biologie puis un master avec un master2 recherche.  Elle a choisi de faire un doctorat par goût pour la biologie, le déclic étant arrivé après un stage dans un laboratoire scientifique.

Charlène Duboc travaille au Centre François Baclesse sur les cancers de l’ovaire qui résistent aux traitements chimiques. Son directeur de thèse est Laurent Poulain, elle est rattachée au laboratoire de recherche ANTICIPE (Unité de recherche interdisciplinaire pour la prévention et le traitement des cancers) et à l’Ecole doctorale Normande de biologie intégrative, santé, environnement. Elle a un financement de la Région Normandie et a signé un contrat doctoral avec l’université dont elle est salariée. Ses journées de travail ne se ressemblent pas. Comme une vraie professionnelle de la recherche, elle travaille dans son laboratoire, fait des manipulations, des expériences, lit des articles et en écrit. Il lui arrive de partir en congrès, financée par son école doctorale ou son laboratoire, ou de donner des cours. Si on lui demande quelles sont ses compétences, Charlène Duboc répond : Etre passionnée, savoir être autonome, être curieuse savoir planifier son projet, avoir beaucoup d’énergie, savoir rebondir après un échec, bref « Etre plein de ressources ». Elle souhaite que sa poursuite de projet professionnel passe par un postdoc à l’étranger avant d’intégrer un grand organisme comme l’INSERM.

Pour finir, le fait d’être présidente d’une association lui parait très enrichissant car « ce que l’on fait à côté de la thèse est presque aussi important que la thèse elle-même ». Cela permet d’acquérir des compétences complémentaires notamment en matière de communication, de recherche de partenaires et de financement. Un tel engagement est valorisant pour la poursuite de la carrière.

 

*Témoignage d’Olivier Maquaire, professeur de géomorphologie à l’université de Caen Normandie et directeur du site caennais  de l’UMR 6554 LETG (Littoral-Environnement-Télédétection-Géomatique). Olivier Maquaire intervient en tant que directeur de thèse.

Olivier Maquaire, qui a accueilli cette année son 20ème doctorant, dirige actuellement quatre thèses. Tous les doctorants du laboratoire ont un financement (région, Ministère, etc.) et donc, pour la période actuelle, un contrat doctoral de 3 ans. C’est une garantie pour aller au bout dans les meilleures conditions.

Olivier Maquaire précise que le directeur de thèse est là pour épauler le doctorant. Il y a parfois des codirections, notamment sur des sujets bi ou pluridisciplinaires. Le directeur de thèse peut aussi demander l’avis de personnalités extérieures pour bien orienter l’étudiant. De fait, le rôle du directeur de thèse est pluriel. Certes le doctorant doit être autonome mais il doit tout de même être accompagné tout au long des 3 ans, soutenu, encouragé, aidé dans ces choix ; il est nécessaire de faire le point régulièrement, 3 ans passent très vite, il faut savoir respecter les délais. En même temps, le directeur de thèse doit trouver des moyens financiers et techniques pour les expérimentations et les observations de terrain, trouver de l’argent pour aller dans des colloques ou congrès, fournir au doctorant un environnement qui lui permette de confronter se pratiques. Le temps passé à l’accompagnement des doctorants varie en fonction des étudiants mais le directeur de thèse doit savoir les accompagner en tant que de besoin, et être psychologue : les qualités relationnelles sont importantes. Il faut que le doctorant vive ces 3 années comme une chance et non comme une galère.

Les doctorants suivis par le professeur de géomorphologie et qui ont soutenu leur thèse ont tous trouvé un emploi, parfois après une petite période de flottement : parmi les 15 docteurs, 5 sont dans l’enseignement supérieur, les autres dans de grands organismes comme le CNRS ou dans des bureaux d’études. Beaucoup de doctorants  ont comme objectif l’enseignement supérieur mais Olivier Maquaire les met en garde : les places sont rares et il faut avoir un plan B.

*Au terme de cette première table ronde, deux questions ont été posées par le public. La première question s’adressait à Charlène Duboc à qui il a été demandé si l’association OPTIC a un réseau d’anciens qui aide à l’insertion professionnelle des jeunes docteurs. Charlène Duboc a répondu que c’était un objectif mais difficile à atteindre car on a de la peine à retrouver les anciens.

La deuxième question s’adressait à Olivier Maquaire.  Pour les historiens il semble qu’il soit impossible de faire une thèse en 3 ans. Olivier Maquaire considère que l’essentiel est qu’il n’y ait pas de trou dans le curriculum vitae ce qui pénaliserait le doctorant : il faut pouvoir justifier le dépassement du délai.

Dernière remarque du public : on peut faire une thèse « pour le plaisir » tel l’exemple d’un banquier qui à la retraite a fait une thèse en histoire !

 

La seconde table ronde, qui avait pour titre Le devenir professionnel des docteurs de l’université de Caen Normandie était modérée par Georges Travert, membre du conseil d’administration de l’association des amis de l’université de Caen Normandie. Après une présentation des données statistiques sur le devenir professionnel des docteurs, les intervenants ont apporté leur témoignage, soit en tant que docteurs, soit en tant que recruteur.

*Ingrid Gokelaere, responsable du pôle Administration et aide au pilotage de la recherche à la Direction de la Recherche et de l’Innovation, a présenté les Résultats des enquêtes 1 an et 3 ans après le doctorat.

Chaque année est réalisée une enquête sur le devenir des docteurs normands à 1 et 3 ans après la thèse. L’enquête, dont il est ici rendu compte, concerne les 164 docteurs diplômés en 2011. Ils ont été interrogés sur leur situation en décembre 2014. 114 ont répondu : 33% des répondants sont des femmes et 67% des hommes ; 25% sont de nationalité étrangère ; 80% étaient en formation initiale au moment de l’inscription en thèse et 20% occupaient déjà un emploi. Par domaine disciplinaire on comptait 51% des répondants en sciences et techniques, 22% en littérature, langues, sciences humaines et sociales, 16% en biologie, santé, environnement, 11% en droit, économie, gestion.

Le taux d’insertion des répondants 3 ans après la thèse est de 90%. On retrouve des résultats proches de ceux des années précédentes, ce taux variant de 86% en 2009 à 93% en 2012. Les hommes s’insèrent plus facilement que les femmes : le taux d’insertion est de 96% pour eux et de 78% pour elles. On remarque aussi que les docteurs en sciences et techniques s’insèrent mieux que les docteurs en biologie, santé, environnement : le taux est de 93% pour les premiers et de 78% pour les seconds. Au total, la part des emplois stables est de 60%. 71% des docteurs sont insérés dans le secteur public et 29% dans le secteur privé :  des différences existent en fonction du sexe puisque 83% des femmes sont insérées dans le secteur public contre 66% des hommes. Quant au domaine d’activité d’insertion, on compte 60% des docteurs dans l’enseignement supérieur et la recherche, 10% dans l’enseignement secondaire, 6% dans les services aux entreprises, 7% dans les activités de production et 6% dans l’administration publique. 39% des emplois sont situés en Normandie et la mobilité internationale est de 27%. Interrogés sur leur appréciation de l’emploi occupé, 85% des docteurs estiment que leur emploi est en adéquation avec leur niveau de qualification et leur domaine disciplinaire. Leur niveau de satisfaction vis-à-vis de l’autonomie et des missions confiées est élevé (plus de 80%), plus faible en ce qui concerne les perspectives de carrière et d’évolution salariale (de l’ordre de 60%). Enfin, le salaire médian est de 2245 euros 3 ans après la thèse.

Dans l’enquête, des questions sont aussi posées sur le projet professionnel. 71% des répondants avaient un projet professionnel en s’inscrivant en doctorat ; ce projet a évolué pour 20% d’entre eux. Par exemple, au début du doctorat, 50% des doctorants se projettent sur un poste de maitre de conférences, ils sont 42% à le faire en fin de doctorat et, finalement, 27% occupent un tel poste. Autre exemple : en début de thèse, 27% des répondants souhaitent avoir une activité de recherche dans le public et 19% dans le privé ; en fin de thèse la tendance s’inverse, 24% privilégient la recherche privée et 17% la recherche publique ; et, finalement, 24% se sont insérés dans la recherche publique et 9% dans la recherche privée.

Enfin, si l’on compare les indicateurs pour les diplômés 2011 interrogés 3 ans après la thèse et pour les diplômés 2013 interrogés 1 an après la thèse, on constate quelques différences :  un taux d’insertion de 81% 1 an après la thèse (on avait un taux de 90% 3 ans après la thèse), une part de mobilité internationale plus élevée 3 ans après la thèse (27% contre 17% 1 an après la thèse), un salaire net médian qui évolue de 2000 euros à 1 an à 2200 euros à 3 ans ; en revanche, pour les 2 cohortes, les parts des emplois stables et des emplois dans le secteur public sont très proches.

Pour conclure, Ingrid Gokelaere renvoie au site internet de Normandie université sur lequel sont disponibles les résultats des enquêtes : http://www.normandie-univ.fr/insertion-des-docteurs-normands-18585.kjsp

Elle souligne aussi l’intérêt que constitue la base du répertoire des emplois par école doctorale et par promotion, répertoire des métiers qui recense l’ensemble des emplois occupés par les docteurs et leurs caractéristiques.

 

*Georges Travert a introduit la partie de la table ronde consacrée aux témoignages en rappelant que l’ouverture officielle de la Fête de la Science de cette année 2017 s’est faite dans une entreprise générale du bâtiment qui est en train de recruter son premier docteur dont la thèse porte sur la mise au point du béton lin.

*Témoignage d’Estelle le Bihan, créatrice d’une entreprise innovante. Estelle Le Bihan intervient en tant que docteur de l’université de Caen Normandie

Estelle Le Bihan a soutenu sa thèse en 2006, thèse qui portait sur la valorisation des sous-produits issus de la pêche des céphalopodes. Elle a intégré un programme de pré-incubation et innovation puis, en 2007, Normandie Incubation. C’est en 2008 qu’elle a créé l’entreprise IVAMER. Pendant 8 ans l’entreprise a bénéficié du statut de jeune entreprise innovante ; elle dispose de l’agrément du crédit impôt recherche et est reconnue comme laboratoire de recherche privé. L’entreprise a un partenariat avec l’université de Caen Normandie.

L’objectif d’IVAMER est d’apporter des solutions aux professionnels qui ont des besoins liés à la valorisation de produits : il s’agissait au départ de la valorisation des produits de la mer mais, à la demande des clients, l’entreprise a élargi son champ d’intervention aux produits agro-alimentaires ; elle a donc su s’adapter à la demande. Parallèlement, l’entreprise a dû élargir ses compétences de la biologie à la réglementation, à l’étude des marchés, de façon à pouvoir proposer des réponses globales à ses clients et ses modes d’intervention sont très variés. L’entreprise a, par exemple, mené une étude prospective pour le marché international de Rungis, s’apprête à produire 30 tonnes, et travaille aussi bien avec un pôle de compétitivité que pour un élevage aquacole.

IVAMER est une TPE (l’entreprise compte deux emplois) : selon sa directrice elle souhaite le rester, car cela donne beaucoup de souplesse, de la capacité d’adaptation et de l’indépendance, ce qui est un plus dans des marchés en phase avec le développement durable et la gestion des ressources rares.

Enfin, aux futurs doctorants ou jeunes doctorants Estelle Le Bihan conseillerait de savoir ce qu’ils veulent vraiment et les sacrifices qu’ils sont prêts à faire, d’assumer leurs choix et se faire plaisir.

 

*Témoignage de Jérôme Le Tensorer, directeur général des services à la Communauté de Communes Normandie Cabourg Pays d’Auge. Jérôme Le Tensorer est intervenu en tant que docteur de l’université de Caen Normandie.

Jérôme Le Tensorer a considéré que l’inscription en doctorat était la suite logique de son cursus universitaire : licence, maîtrise et DEA en sciences économiques. En DEA il a été passionné par l’aspect « recherche » de la formation et a donc cherché un directeur de thèse. Il a alors pu mener une recherche sur un thème qui combinait le choix social, les mécanismes des décisions collectives et l’économie de l’environnement. Au cours de ses études doctorales il a bénéficié d’une bourse du CNRS : Jérôme Le Tensorer pense qu’il est quasiment impossible de faire une thèse tout en travaillant à côté car il est nécessaire de consacrer tout son temps à la thèse.

Pendant la durée de sa thèse il a eu l’impression de vivre dans une bulle, en dehors du monde… et ensuite il est « rentré dans la vie normale ». Il a intégré la Communauté de Communes de l’Estuaire de la Dives sur un poste de développement économique pour un remplacement ; au bout de 2 ans il est devenu directeur général des services, poste qu’il occupe encore aujourd’hui dans une communauté de communes élargie.

A la question de savoir si le fait d’avoir soutenu une thèse en sciences économiques est utile pour son emploi actuel, Jérôme Le Tensorer a répondu que ce qui est utile est d’avoir soutenu une thèse, peu importe le secteur disciplinaire. En effet, tous les doctorants ont la même expérience : ils ont été confrontés à un travail qui nécessite de la rigueur, qui nécessite de se poser des questions, de faire preuve d’esprit critique. Un docteur a dû montrer qu’il est capable d’aller jusqu’au bout d’une démarche, d’y consacrer le temps et les moyens nécessaires, de mobiliser beaucoup d’énergie. Jérôme Le Tensorer travaille dans un secteur en mutation qui traverse une révolution silencieuse : il faut s’interroger constamment sur la façon de rationaliser, d’utiliser au mieux les ressources, de remettre en question l’organisation et les méthodes de travail.

Enfin, aux futurs doctorants ou jeunes doctorants, Jérôme Le Tensorer conseillerait de s’engager pleinement, d’être prêts à des sacrifices au niveau du temps disponible, sachant que cela se fait sur une durée relativement courte de 3 ans.

 

*Témoignage de Lionel Courval, responsable de l’équipe Messagerie Multimédia Internet, responsable de la Design Authority Unified Business Communications, Orange Labs. Lionel Courval est intervenu en tant que recruteur de docteurs de l’université de Caen Normandie.

Lionel Courval travaille au centre de recherche d’Orange à Caen, Orange Labs, qui fut d’abord, à sa création, le SEPT (service d’études des postes et télécoms), rattaché ensuite au Cnet (centre national d’études des télécoms), puis à France Télécoms R&D. Depuis 2007, le centre de recherche est un des 7 centres français d’Orange Labs. C’est le premier centre de recherche privée à Caen ; il emploie 350 personnes et dans les locaux caennais on compte en permanence une dizaine de docteurs. Orange est éligible au crédit d’impôt recherche. A Caen, le centre travaille sur les paiements sécurisés, de nouveaux services de transactions d’argent comme « Orange Money » ou « Orange Cash » ; il a aussi une importante activité en recherche pure dans le domaine de la sécurité, du chiffrement, des protocoles de communication.

Orange Labs Caen a des liens avec l’université de Caen Normandie dans les domaines de l’informatique et des mathématiques. Actuellement il y a 9 thésards qui travaillent sur la sécurité. Tous les thésards qui travaillent à Orange Labs Caen ont un contrat CIFRE (convention industrielle de formation par la recherche). Lionel Corval a lui-même encadré 3 thésards : le premier est maintenant maitre de conférences à Lyon, le deuxième a monté une start-up mais sans succès et est maintenant professeur de mathématiques, la troisième a totalement changé d’orientation puisqu’elle est devenue infirmière !

L’apport de thésards ou de docteurs est important dans une entreprise comme Orange Labs Caen car le marché des télécoms est très agressif, qu’il faut donc innover en permanence et que l’innovation passe par la recherche. Les ingénieurs sont opérationnels, savent réaliser des choses, mais on a aussi besoin de docteurs « qui pensent loin devant ».

 

*Au terme de cette seconde tale ronde, deux questions ont été posées par le public. La première question s’adressait à Lionel Corval à qui il a été demandé quel serait son conseil pour améliorer la formation des docteurs à l’université de Caen Normandie. Pour Lionel Corval, les docteurs caennais sont bien formés, ils ont un bon niveau de connaissances et « sont aptes à se lancer dans la bataille » ; ce qui manque est la publicité que l’on devrait faire sur la formation doctorale à Caen !

La deuxième question, à l’origine d’un débat plus général, portait sur un paradoxe : le fait que les élèves des grandes écoles et des formations d’ingénieurs ne s’inscrivent pas en doctorat alors qu’il s’agit du diplôme le plus élevé. Plusieurs intervenants sont revenus sur ce paradoxe qui pose in fine le problème de la valorisation du doctorat.

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