mars 2015

Le monde nordique

à l’Université de Caen…..

et au-delà

Avec

Eric Eydoux

Maître de conférences honoraire,

cofondateur de l’OFNEC et du festival “Les Boréales de Normandie”

Résumé :

Devant un auditoire fourni, marqué par la présence de nombreuses personnes investies dans les échanges internationaux, telle Annie Anne, vice-présidente du Conseil Régional, Benoît Véron, Vice-Président de l’Université, en charge de l’International, a introduit le sujet en rappelant que l’histoire de l’Université de Caen Basse-Normandie est fortement marquée par le monde nordique. Des décennies de travail de recherche, d’enseignement, de publications d’articles de recherche mais aussi de romans aux Presses Universitaires de Caen, de colloques et conférences, d’expositions…
Aujourd’hui, avec le Département d’Etudes Nordiques où sont enseignés le norvégien, l’islandais, le suédois, le finnois et le danois, qui accueille tous les ans plus de 150 étudiants venus de toute la France et avec l’Office Franco-Norvégien d’Echange et de Culture (OFNEC) qui forme plusieurs centaines de jeunes norvégiens en français langue étrangère, c’est une relation intense que nous entretenons avec le monde nordique. Le Président de l’Université avait réservé sa première visite internationale à la Norvège, à Oslo et à Bergen, ville avec laquelle nous avons notre plus ancien accord interuniversitaire. Demain, forts de nos liens avec la Norvège, nous souhaitons intensifier nos liens avec toute la Scandinavie.

Éric Eydoux, Maître de conférences honoraire, cofondateur de l’OFNEC et des Boréales de Normandie, a d’abord rappelé que notre connaissance du Septentrion européen s’est trop longtemps limitée à la description des ravages apocalyptiques que nous ont infligés les lointains Vikings. Néanmoins, à partir des années 1890, les Français commencent à s’intéresser et même se passionner pour les pays nordiques, spécialement la Norvège. Car en même temps qu’il accède à l’indépendance, ce pays, développant l’hydroélectricité, devient un important partenaire économique de la France ( cf notamment La Norvégienne de l’azote). De plus, suscitant une admiration sans bornes, les prouesses de ses audacieux explorateurs, Nansen et Amundsen, remplissent les colonnes de nos journaux. À quoi s’ajoute que le monde des arts et des lettres s’engoue des créateurs scandinaves. Grieg est alors le musicien étranger le plus joué en France tandis qu’un Ibsen ou un Strindberg accaparent les scènes parisiennes et suscitent de virulentes controverses.
Un tel phénomène ne saurait laisser l’université indifférente. En 1904, la Sorbonne inaugure le premier enseignement de langues et littératures scandinaves. C’est à un érudit normand, Paul Verrier, qu’elle le confie, initialement sous forme d’un cours libre, transformé plus tard en institut de plein droit doté de lectorats scandinaves. Parallèlement, au lendemain de la première guerre, le ministre de l’instruction publique, André Honnorat, aussi connu pour avoir été à l’origine de la cité universitaire de Paris, crée des sections norvégienne, danoise et suédoise, respectivement dans les lycées de Rouen, le Havre et Caen. Toutefois, seule la première a bravé les années jusqu’à nos jours.
À l’université de Caen, c’est après la dernière guerre, au début des années 1950, que les études nordiques prennent leur essor. Trois noms se distinguent alors,
illustrant chacun une discipline. On doit à Lucien Musset plusieurs ouvrages fondamentaux sur le passé viking et médiéval de la Scandinavie, tandis que Michel de Boüard fondait le laboratoire d’archéologie médiévale et qu’en 1954 Frédéric Durand inaugurait un enseignement de langues, littératures et civilisation scandinaves qui, dès 1956, se consolida et se perpétua au sein d’un institut des études scandinaves. Agrégé d’allemand, auteur d’une thèse sur l’auteur danois Jens Peter Jacobsen, Frédéric Durand était une personnalité charismatique aux talents variés. Trompettiste de jazz, sportif accompli, aviateur, c’était aussi un brillant chercheur à qui l’on doit plusieurs ouvrages dont une Histoire de la littérature danoise. Parallèlement, il ne ménagea aucun effort pour développer sa discipline et prit notamment des initiatives pour la faire connaître à l’extérieur. Avec les vice-consuls de la région il créa ainsi l’association Basse Normandie pays nordiques actuellement dirigée par Reine Lenoble. Peu à peu, des lecteurs scandinaves vinrent renforcer l’effectif, suédois, danois puis, un peu plus tard, norvégien et suédois. Enfin, l’année 1981, vit le lancement d’un enseignement de finnois. Actuellement, le département d’études nordiques de notre établissement est le seul à proposer cette combinaison. Après Paris, comptant de 150 à 200 étudiants, dont une cinquantaine de spécialistes, c’est aussi le plus important du pays. Venus d’un peu partout en France, les étudiants peuvent y suivre un cursus complet jusqu’au doctorat. À Frédéric Durand devaient ensuite succéder Philippe Bouquet, spécialiste de littérature suédoise puis Jean Renaud à qui l’on doit de nombreuses publications, notamment sur l’ancienne Scandinavie. L’actuelle directrice est Hanna Steinunn Thorleifsdottir. Quant aux jeunes lecteurs, ils se sont souvent distingués, tel le regretté Rolf Bolmgren, par une volonté sans faille de favoriser le développement de la coopération culturelle avec la France.

Le chapitre suivant est directement lié au détachement d’Éric Eydoux, maître de conférences, spécialiste de la Norvège, à l’ambassade de France à Oslo. Loin d’être une mondaine sinécure, le poste de Conseiller culturel requiert une vigilance de tous les instants dans la défense de notre langue et de notre culture. Or, à son arrivée, en 1976, Éric Eydoux dut constater que le français avait cessé d’être troisième langue obligatoire au lycée. En collaboration avec Rolf Tobiassen, un universitaire d’Oslo devenu un ami, il étudia alors de possibles alternatives. Outre plusieurs actions dont une grande campagne de presse pour la défense du français, leur choix s’arrêta finalement à la création à l’université de Caen d’un centre binational qui, s’attachant spécialement aux conditions d’accueil, permettrait d’orienter vers la France nombre des jeunes Norvégiens désireux d’étudier à l’étranger. Finalement, en 1983, après quatre années de négociation, le nouvel organisme, baptisé Office franco-norvégien d’échanges et de coopération (OFNEC), fut inauguré par le ministre norvégien de la culture avec le statut de service commun de l’université. L’année suivante, il reçut la visite du roi Olav V venu à Caen à l’occasion du quarantième anniversaire du Débarquement.

Depuis sa création, l’OFNEC a joué un rôle très important dans le développement des relations franco-norvégiennes. Il a accueilli plusieurs milliers d’étudiants norvégiens, parfois avec le concours actif du service des affaires internationales dirigé par Patrick Dubois. Ceux-ci ont ensuite poursuivi dans notre pays des études aussi bien scientifiques que littéraires. Il a favorisé les échanges de chercheurs entre les deux pays et, à cet effet, créé un fonds de bourse, en même temps qu’il organisait des échanges scolaires pour une quinzaine d’établissements français, collèges ou lycées. Dans toutes ces activités, Brigitte Duval, secrétaire générale, a joué un rôle d’importance. Mais l’OFNEC a aussi permis au département d’études nordiques d’accroître son audience en favorisant la diffusion de la culture scandinave en France. Au fil des ans, il a ainsi été la cheville ouvrière de plusieurs manifestations d’importance. En 1987, lors de l’année Guillaume, il a lancé un « Mois de la Norvège », marqué, entre autres, par la visite de la princesse (maintenant reine) Sonja nommée citoyenne d’honneur de la ville de Caen. Deux ans plus tard, à la demande du ministère de la culture, il a organisé l’opération Belles étrangères/Norvège qui a permis de faire connaître douze écrivains norvégiens à Paris et dans une vingtaine d’autres villes françaises ou belges. En 2000, sollicité par l’ambassade de Norvège, l’OFNEC a investi le musée de la marine pour monter une grande exposition sur le thème Passions boréales. Regards français sur la Norvège. L’occasion en était la visite d’État des souverains norvégiens à Paris. Un catalogue de belle tenue fut alors publié par les PUC. De même, l’année suivante, les PUC éditèrent-elles, cette fois en édition trilingue (français, langues scandinaves et finnois), le catalogue de l’exposition Les peintres du Nord en voyage dans l’ouest de la France présenté au musée des Beaux-Arts de Caen puis à l’Ateneum, le musée national d’Helsinki.

Entre-temps, en 1992, avait été lancée, spécialement avec le concours du conseil régional, l’opération la plus ambitieuse, Les Boréales de Normandie. Ce festival annuel se proposait de faire découvrir au public français différents aspects de la culture boréale. La plupart des enseignants du département nordique étant des traducteurs confirmés, l’accent était mis sur la littérature. A chaque édition, l’invitation d’auteurs encore inconnus induisait de nouvelles traductions. Aux PUC et aux éditions du Bois Debout furent ainsi publiés une cinquantaine d’ouvrages et lorsque le CRL en hérita, en 1999, le festival bénéficiait d’une exceptionnelle couverture médiatique nordique et française. La littérature nordique s’arrime à Caen pouvait ainsi titrer Le Monde en 1998. À n’en pas douter, le festival a été à l’origine du récent engouement dont la littérature nordique a bénéficié en France. Par ailleurs, c’est des Boréales qu’est issu l’accord de coopération signé en 1993 entre la Basse Normandie et la région norvégienne du Hordaland.

Ajoutons, pour finir qu’avec la bibliothèque de l’université et la sienne propre, la ville de Caen dispose d’un des fonds nordiques les plus importants de France.
Aussi ce dernier établissement, appelé à devenir une BMVR en 2016, a-t-il décidé d’ouvrir un « Pôle de littérature et civilisation nordiques ». Depuis 2012, en collaboration avec l’association Norden, elle publie la revue Nordiques, la seule revue de langue française traitant des sociétés nordiques contemporaines. Les principaux responsables en sont Noella du Plessis, directrice de la bibliothèque et deux universitaires caennais Annelie Jarl Ireman et Éric Eydoux.

En Normandie, la coopération franco-nordique a encore de beaux jours devant elle….

 

AFFICHE 12012015

 

Laisser un commentaire